السبت، 21 سبتمبر 2013

Le jour où la vie de Jorge Mario Bergoglio a basculé


Ou la miséricorde de la Saint-Matthieu
Anita Bourdin
ROME, 21 septembre 2013 (Zenit.org) - Un jour, la vie de Jorge Mario Bergoglio a basculé. Mais ce n'est pas le jour de son élection comme Successeur de Pierre, le 13 mars 2013. Elle a basculé 60 ans plus tôt : il avait dix-sept-ans. Saint Matthieu semble y être pour quelque chose. Et un prêtre qui, à son insu, était la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Ce fut la « stupeur d'une rencontre ».
Les yeux de Jésus
Dans son interview avec le P. Antonio Spadaro s.j., publié dans Etudes, il y a deux jours, le pape François parle justement de saint Matthieu. Une musique qui l'habite. Le poignant « Erbarme Dich » (« Aie pitié de moi »), la plainte de Pierre dans la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach.
Et un tableau qui parle au coeur : l'appel de saint Matthieu, par le Caravage. « Venant à Rome, confie-t-il, j'ai toujours habité rue de la Scrofa. De là, je visitais souvent l'église de Saint-Louis-des-Français, et j'allais contempler le tableau de la vocation de Saint Matthieu du Caravage. (…) Ce doigt de Jésus... vers Matthieu. C'est comme cela que je suis, moi. C'est ainsi que je me sens, comme Matthieu. (…) C'est le geste de Matthieu qui me frappe : il attrape son argent comme pour dire : "Non, pas moi ! Non, ces sous m'appartiennent !" Voilà, c'est cela que je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux. C'est ce que j'ai dit quand on m'a demandé si j'acceptais mon élection au pontificat. »
La fête de saint Matthieu une date dans la vie de Jorge Mario Bergoglio, comme il l'a confié dans ses conversations avec Francesca Ambrogetti et Sergio Rubin (« Je crois en l'homme. Conversations avec Jorge Bergoglio », Flammarion, 2013), et comme le rappelle sa sœur, Maria Elena, lorsqu'elle est interrogée par des journalistes. Le pontificat était en jeu, rétrospectivement, ce jour-là.
J'ai compris qu'on m'attendait
Un épisode décisif : « C'était un 21 septembre, et comme beaucoup de jeunes gens, Jorge Bergoglio allait sur ses dix-sept ans et se préparait à fêter le Jour de l'Etudiant avec ses compagnons. Il décida de commencer la journée en allant faire un tour jusqu'à sa paroisse. C'était alors un jeune catholique pratiquant qui fréquentait l'église de San José, dans le quartier Flores, à Buenos Aires. En arrivant, il tomba sur un curé qu'il ne connaissait pas. Sentant qu'il émanait de sa personne une forte spiritualité, il décida de se confesser à lui. Peu après, il comprit que cette confession avait été exceptionnelle, qu'elle avait stimulé sa foi. Elle lui avait même permis de percevoir des signes de la vocation religieuse, si bien qu'il décida de ne pas se rendre à la gare ferroviaire pour retrouver ses amis. Il rentra chez lui avec une conviction : il voulait… il devait devenir prêtre. Ce fut une immense grâce, dont il avait bénéficié de façon imprévue. Il l'explique ainsi : « Lors de cette confession il m'est arrivé une chose curieuse, je ne sais ce que c'était, mais cela a changé ma vie. Je dirais que j'ai été surpris alors que je baissais la garde », dit-il plus d'un demi-siècle plus tard. Aujourd'hui, Bergoglio interprète ainsi l'épisode : « Ce fut la surprise, la stupeur d'une rencontre. J'ai compris qu'on m'attendait. C'est ce qu'on appelle l'expérience religieuse : la stupeur de se trouver devant quelqu'un qui vous attend. A partir de là, pour moi, Dieu a été celui qui « m'a trouvé en premier ». Je le cherche, mais Lui aussi me cherche. Je désire le trouver, mais Lui « me trouve en premier ». Jorge Bergoglio ajoute que ce ne fut pas seulement la « stupeur de la rencontre » qui éveilla sa vocation religieuse, mais le ton miséricordieux avec lequel Dieu l'a interpellé, un ton qui deviendrait, avec le passage du temps, la source d'inspiration de son ministère » (op. cit. pp. 43-44).
Cette semaine encore, dans un tweet sur son compte @Pontifex_fr, il a posté ce message : « Nous sommes tous pécheurs, mais nous vivons la joie du pardon de Dieu et nous marchons, confiants dans sa miséricorde » (jeudi 19 septembre 2013). Ces tweets sont de véritables pépites de direction spirituelle. En père spirituel, le pape y livre sa propre expérience.
Regarder tout homme avec miséricorde
Dans son entretien avec son confrère jésuite, juste avant d'évoquer le Matthieu du Caravage, il commente sa devise épiscopale et pontificale : « Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard (…). Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur. Ma devise, Miserando atque eligendo, je l'ai toujours ressentie comme profondément vraie pour moi. Le gérondif latin miserando me semble intraduisible tant en italien qu'en espagnol. Il me plaît de le traduire avec un autre gérondif qui n'existe pas : misericordiando (en faisant miséricorde). »
Puis il a vécu des années de solitude intérieure avant de prendre la décision de rejoindre la Compagnie de Jésus, à vingt-et-un ans. Son père a approuvé son choix. Il en a été heureux. Sa mère a mis des années avant d'accepter sa décision. Il était l'aîné, il était trop jeune, cela allait trop vite. Elle ne vint jamais au séminaire. Mais le jour de son ordination sacerdotale, elle s'est agenouillée devant lui pour recevoir sa bénédiction.
Sa grand-mère lui a dit quant à elle : « Bien, si Dieu t'appelle, béni sois-tu ». Puis, préservant sa liberté, elle a ajouté : « Je te prie de ne pas oublier que les portes de la maison sont toujours ouvertes et que personne ne te reprochera quoi que ce soit si tu décides de revenir ».
On entend comme un écho des paroles de cette sainte grand-mère quand le pape affirme que « l'Eglise ne ferme jamais la porte » (Zenit du 18 septembre 2013).
Dans « Je crois en l'homme », le cardinal Bergoglio évoque Matthieu et sa devise, là aussi en père spirituel qui transmet son expérience: « La vocation religieuse est un appel de Dieu destiné à un cœur qui l'attend, consciemment ou inconsciemment. J'ai toujours été impressionné par la lecture du bréviaire qui dit que Jésus regarda Matthieu avec une attitude qui, traduite donnerait quelque chose comme : « Avec miséricorde et le choisissant ». C'est exactement la façon dont j'ai senti que Dieu m'a regardé lors de cette confession. Et c'est ainsi qu'il me demande de regarder autrui : avec une grande miséricorde et comme si je choisissais pour Lui, en n'excluant personne, parce que tout le monde est un élu de l'amour de Dieu. « Avec miséricorde et en le choisissant » fut la phrase qui a accompagné ma consécration comme évêque et c'est un des pivots de mon expérience religieuse : la miséricorde, et le choix des personnes en fonction d'un dessein. Dessein que l'on pourrait synthétiser de cette façon : « Ecoute, toi, on t'aime par ton nom, tu as été choisi, et la seule chose qu'on te demande, c'est de te laisser aimer ». Voilà le dessein qui m'a été confié » (op. cit. pp. 48-49).
C'est jour anniversaire aujourd'hui pour le pape François. Il y a soixante ans, la « confession de sa vie » a embarqué un jeune de dix-sept-ans. Il a compris qu'il était « attendu », qu'un regard se posait sur lui avec miséricorde, et le rendait à son tour capable de miséricorde. Plus encore, lui confiait une mission de miséricorde. C'est peut-être cela que perçoivent les foules, place Saint-Pierre, et les media dans les propos de l'interview du père Spadaro : le « ton » de miséricorde du 21 septembre, à San José de Buenos Aires.

Les questions que pose l'interview du pape François


20/9/2013-Les questions que pose l'interview du pape François

Le pape François, en juin dernier.
ANALYSE - L'interview accordée par le Pape François aux revues jésuites pose beaucoup de questions sur sa conception de la morale catholique, de l'autorité papale, ou encore son rapport aux traditionalistes.

François brade-t-il la morale catholique?

«Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l'avortement, au mariage homosexuel et à l'utilisation de méthodes contraceptives. Ce n'est pas possible.» Par ces mots, le Pape rompt avec un logiciel pastoral de l'Église catholique qui a dominé les quatre dernières décennies. Et c'est la grande nouveauté de cet entretien. Les questions d'éthiques sexuelles semblaient être devenues un passage obligé pour entrer dans la communauté catholique. Mais la porte était tellement étroite que ces sujets formaient «Le» repoussoir par excellence éloignant le plus grand nombre.
Le nouveau pape confie qu'on lui a déjà «reproché» de ne pas suffisamment évoquer «ces choses». Il pense qu'il «n'est pas nécessaire d'en parler en permanence». Il affirme même que l'on ne doit pas être «obsédé» par ces sujets. Certes, il n'entend pas brader la morale catholique - «nous la connaissons et je suis fils d'Église» - mais il définit comme jamais depuis son élection, une nouvelle politique pastorale: «L'annonce de l'amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l'obligation morale et religieuse. Aujourd'hui, il semble que prévaut l'ordre inverse.»
L'enjeu? «Trouver un nouvel équilibre» sans quoi «l'édifice moral de l'Église risque lui aussi de s'écrouler comme un château de cartes.» Avec des applications pratiques immédiates: il confirme dans l'entretien trois mains tendues, déjà exprimées ces derniers mois, vis-à-vis des homosexuels, des divorcés remariés et des femmes ayant vécu un avortement.

• François prend-il ses distances avec la «droite»?

«Je n'ai jamais été droite». On ne peut être plus clair même si la traduction officielle française effectuée par la revue jésuite Études , est ambiguë voire inexacte. Elle traduit «je n'ai jamais été conservateur» alors que l'édition matrice, italienne, mais aussi espagnole et anglaise utilisent toutes le mot «droite». Un Pape doit être au dessus des partis, politiques en particulier.
Mais il est clair que son mode de vie dépouillé (refus de l'appartement pontifical, mépris pour les voitures de luxe, simplification de sa sécurité), son insistance sur la pauvreté, son encouragement à l'accueil des immigrés (son voyage sur l'île de Lampedusa, sa visite récente à un centre de Rome) son ouverture explicite à l'islam (près d'une dizaine d'interventions en ce sens depuis six mois), traduisent une sensibilité qui, objectivement, n'est pas de droite. En cela, il heurte beaucoup de fidèles dans l'Église, notamment en Occident, même s'il rassure beaucoup dans les pays du sud.
Cela dit, dans ce passage de l'interview cette citation s'adresse aussi à ses confrères jésuites. François veut les impliquer dans son pontificat. Des frères qui l'avaient d'ailleurs mis à l'écart en Amérique Latine lui reprochant son «ultra-conservatisme» avant que Jean-Paul II ne le sorte de l'ombre en le nommant évêque. Une erreur de jeunesse, raconte François dans l'interview qui était liée à «ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions». Un point sur lequel il affirme s'être corrigé depuis.

• François affaiblit-il l'autorité papale?

«Maintenant j'entends quelques personnes me dire "ne consultez pas trop, décidez". Au contraire, je crois que la consultation est essentielle.» Le pape François confirme sa remise en cause d'un système de gouvernement très centralisé et pyramidal en vigueur sous le pontificat de Jean-Paul II et qui s'est renforcé sous Benoît XVI parce que la curie romaine avait pris le dessus.
François ouvre trois fronts de réforme: la façon même d'exercer le pouvoir papal, «je veux poursuivre la réflexion sur la manière d'exercer le primat de Pierre» ; le fonctionnement de la curie romaine, «les dicastères romains sont des médiateurs et non des gestionnaires» ; la façon de prendre les grandes décisions.
Sur ce dernier point il va s'inspirer de l'Église orthodoxe pour «apprendre davantage sur le sens de la collégialité épiscopale et sur la tradition de la synodalité.» Il s'agit, en clair, de retrouver dans l'Église catholique ce qu'elle a abandonné au fil des siècles, une direction «collégiale» et «synodale» où les cardinaux et les évêques ont voix au chapitre pour les décisions importantes.
Ce qui est une rupture avec l'actuelle pratique d'un cercle de hauts conseillers qui préparent les décisions pour le Pape. Ce qui est une application stricte - mais jamais mise en œuvre - de ce que prévoyait le Concile Vatican II. Beaucoup dans l'Église s'opposeront à cette réforme qui, de facto, affaiblit l'autorité du Pape même si celle-ci dépend également de sa personnalité et de son aura médiatique.
François explique enfin que le bon gouvernement demande du «discernement» et qu'il «requiert du temps» car il se méfie des «décisions prises de manière improvisée». Et il avance cette maxime: «La première réforme doit être celle de la manière d'être.»

• François tourne-t-il le dos à la mouvance traditionaliste?

François ne donne pas d'importance à la liturgie, c'est-à-dire, la façon de célébrer la messe. Mais son pontificat est déjà en fort contraste sur ce point avec celui de Benoît XVI, marqué par l'échec d'une main tendue jusqu'au bout aux Lefebvristes et par une orientation doctrinale et liturgique où la sensibilité traditionaliste catholique se sentait parfaitement à l'aise.
Trois passages de l'interview indiquent un changement de cap radical, exprimé sans prendre de gants: «Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s'il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d'ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd'hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la "sûreté" doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d'autres.»
Il ajoute: «Si quelqu'un dit qu'il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu'il n'y a aucune marge d'incertitude, c'est que quelque chose ne va pas. C'est pour moi une clé importante. Si quelqu'un a la réponse à toutes les questions, c'est la preuve que Dieu n'est pas avec lui, que c'est un faux prophète qui utilise la religion à son profit.»
Enfin, François ouvre explicitement la porte aux évolutions doctrinales: «la compréhension de l'homme change avec le temps et sa conscience s'approfondit aussi. (…) Les autres sciences et leur évolution aident l'Église dans cette croissance en compréhension. Il y a des normes et des préceptes secondaires de l'Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd'hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l'Église comme un monolithe qu'il faudrait défendre sans nuance.»


Envoyé de mon Ipad 

الجمعة، 20 سبتمبر 2013

Qui est Jorge Mario Bergoglio? Autoportrait spirituel du pape

Interview du P. Spadaro s.j.
ROME, 20 septembre 2013 (Zenit.org) - "Qui est Jorge Mario Bergoglio ?" Le pape François répond: "Je suis un pécheur". Il dit qu'il se reconnaît dans le Saint Matthieu peint par le Caravage et qu'il a souvent admiré en l'église Saint-Louis-des-Français
Une interview du pape François par le père Antonio Spadaro s.j., directeur de la prestigieuse revue des jésuites italiens, La Civiltà Cattolica, a été publié, jeudi 19 septembre, en différentes langues par seize revues des jésuites du monde, et en français par la revue "Etudes".
Le père Spadaro a rencontré le pape François trois fois, les 19 et 23 et 29 août, à sa résidence, la Maison Sainte-Marthe du Vatican.
Le pape évoque ses goûts artistiques et culturels, la Compagnie de Jésus, le rôle de l'Église d'aujourd'hui, ses priorités pastorales, des questions de société et l'annonce de l'Evangile, l'homosexualité, la situation des divorcés-remariés.
Nous commençons aujourd'hui la publication d'extraits de cet entretien que l'on peut qualifier d'historique. Il a déjà fait le tour du monde, comme le sourire du pape dont parle le P. Spadaro et qui l'a accueilli à Sainte-Marthe.
Aujourd'hui, nous publions aussi deux autres extraits. L'un sur la façon de gouverner du pape et l'autre sur la façon d'aborder les questions de l'avortement, de la situation des divorcés remariés, de l'homosexualité, par le pape et dans l'Eglise: pas un changement sur le fond, mais un décentrement pour faire passer en premier l'attention à la "personne", la "rencontre", l'"accueil".
Anita Bourdin

Le pape François, autoportrait spirituel
Je lui demande à brûle pourpoint :
« Qui est Jorge Mario Bergoglio ? » Le pape me fixe en silence.
Je lui demande si c'est une question que je suis en droit de lui poser... Il acquiesce et me dit : «  Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste... Je suis un pécheur. C'est la définition la plus juste... Ce n'est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. »
Le pape continue de réfléchir, absorbé, comme s'il ne s'attendait pas à cette question, comme s'il était contraint à une réflexion plus approfondie.
« Si, je peux peut-être dire que je suis un peu rusé (un po' furbo), que je sais manœuvrer (muoversi), mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Oui, mais la meilleure synthèse, celle qui est la plus intérieure et que je ressens comme étant la plus vraie est bien celle-ci : Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard. » Il poursuit : « Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur. Ma devise, Miserando atque eligendo, je l'ai toujours ressentie comme profondément vraie pour moi. Le gérondif latin miserando me semble intraduisible tant en italien qu'en espagnol. Il me plaît de le traduire avec un autre gérondif qui n'existe pas : misericordiando (en faisant miséricorde). »
(…) « Venant à Rome j'ai toujours habité rue de la Scrofa. De là, je visitais souvent l'Église de Saint-Louis-des-Français, et j'allais contempler le tableau de la vocation de Saint Matthieu du Caravage. » Je commence à comprendre ce que le pape veut me dire. « Ce doigt de Jésus... vers Matthieu. C'est comme cela que je suis, moi. C'est ainsi que je me sens, comme Matthieu ».
Soudain, le pape semble avoir trouvé l'image de lui-même qu'il recherchait : « C'est le geste de Matthieu qui me frappe : il attrape son argent comme pour dire : "Non, pas moi ! Non, ces sous m'appartiennent !" Voilà, c'est cela que je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux. C'est ce que j'ai dit quand on m'a demandé si j'acceptais mon élection au Pontificat. »

الخميس، 19 سبتمبر 2013

L'Église et Internet : le succès de la communication du pape


Assemblée plénière du Conseil pontifical des communications sociales
Anne Kurian
ROME, 19 septembre 2013 (Zenit.org) - « La communication est le visage de l'Église qui dialogue avec le monde », souligne Mgr Celli, qui donne l'exemple de la communication du pape François pour inspirer les initiatives de l'Église sur Internet.
L'Assemblée plénière du Conseil pontifical des communications sociales (PCCS) s'est ouverte ce 19 septembre, au Vatican, jusqu'au 21 septembre 2013, sur le thème « Internet et l'Église ».
L'événement a pour dessein de développer la présence de l'Église sur Internet et de « de créer une stratégie de communication qui intègre toute initiative ecclésiale », au moyen d'un échange d'expérience, explique Paul Tighe, secrétaire du dicastère.
Dans un communiqué, il estime que grâce à sa « structure millénaire », l'Église « reflète "naturellement" la globalité d'Internet ».
La communication du pape, un exemple
Dans un entretien publié par L'Osservatore Romano, Mgr Claudio Maria Celli, président du PCCS, se réjouit de la présence active du Vatican sur Internet : « plus de 9,3 millions de followers des tweets du pape, plus de 10,2 millions de visiteurs chaque mois sur les pages du portail d'information www.news.va ».
L'archevêque salue « un succès médiatique » dont « peu de leaders au monde peuvent se réclamer », depuis l'élection du pape François le 13 mars dernier : la nouveauté de ce pontificat, estime-t-il, « consiste dans sa capacité à se faire comprendre de personnes de tous bords ».
Mgr Celli détermine quatre caractéristiques dans la communication du pape : « D'abord, il utilise un langage simple, direct, familier, un langage que l'homme d'aujourd'hui comprend parfaitement ».
« Deuxièmement, il a un contenu qui interpelle les consciences et le cœur des personnes, en répondant aux souffrances et au désir de recherche intérieure de l'homme, car le pape sait ce qu'il y a dans le cœur de l'homme et ceci explique le succès auprès des non-croyants, des membres d'autres religions et des chrétiens éloignés de leur foi ».
« Le troisième élément est sa gestualité : le pape François ne se contente pas de dire des choses, mais accomplit des gestes qui savent transmettre cette richesse humaine liée à une profonde spiritualité. »
« Enfin il sait toucher l'imagination de l'homme et sa sensibilité, par le recours au langage figuré, ou en utilisant des expressions pittoresques qui parlent plus que des paroles, ou des phrases simples pour exprimer des concepts difficiles. Qui a oublié par exemple son appel aux prêtres et aux évêques afin qu'ils aient « l'odeur des brebis » ? »
L'Église en dialogue avec le monde
Pour la première journée de l'Assemblée, le PCCS a publié des messages en direct sur twitter. Lors du discours d'inauguration, Mgr Celli est intervenu sur le thème « Comment l'Église vit-elle sur le web ? Comment dialogue-t-elle avec l'homme d'aujourd'hui ? »
« La communication est le visage de l'Église qui dialogue avec le monde » et la formation des prêtres sur les questions de communication devrait être « un objectif principal », a-t-il estimé, invitant à promouvoir « une ecclésiologie de dialogue et de rencontre, non pas un phénomène technique ».
Mgr Celli a présenté les activités du dicastère des deux dernières années, entre autres les travaux de numérisation de la Filmothèque vaticane sur ses archives de 8.300 films de 1896 à aujourd'hui.
Puis des représentants de tous les continents ont dressé des bilans de la communication ecclésiale sur leurs territoires.
Le cardinal Bechara Raï, patriarche d'Antioche des maronites, est intervenu sur la place de la communication en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Il a suggéré notamment que soit créé un comité des médias catholiques du Moyen-Orient pour coordonner les actions.
Gregory Erlandson a dressé un bilan de la situation en Amérique du Nord, appelant à « redéfinir ce que signifie le journalisme catholique, qui devrait être compris comme une vocation, non pas seulement une profession ».
Susanna Nuin a illustré les activités des médias catholiques en Amérique Latine et aux Caraïbes, précisant que sur le continent « la communication n'est jamais neutre, mais liée au problèmes sociaux et aux droits de l'homme ».
Pour l'Europe, c'est l'autrichien M. Wuthe qui est intervenu, insistant sur l'importance de la communication pour l'unité, sur un continent où se côtoient plus de 24 langues.
Mgr Mark Coleridge est intervenu sur l'Océanie, soulevant la problématique du « fossé numérique » entre les plus aisés et les pauvres.
Pour le Dr Chainarong, de Thaïlande, apporter l'Évangile sur Internet, c'est l'apporter « là où sont les gens ». Plus de 100 millions de personnes utilisent en effet les réseaux sociaux sur le continent asiatique.
Enfin, soeur Dominica Dipio a dressé un bilan pour l'Afrique, estimant que les réseaux sociaux ne pouvaient être le seul lieu de rencontre : « il faut continuer à maintenir la communication de personne à personne, il ne faut pas perdre cela », car « rencontrer les habitants chez eux contribue à les impliquer davantage dans les communautés d'Église ».
Par ailleurs, les membres du dicastère ont reçu un exemplaire du livret des éditions du Vatican reproduisant les tweets du pape François, en ita

الأربعاء، 18 سبتمبر 2013

ALLER VERS LES GENS

ALLER VERS LES GENS
Cité du Vatican, 17 septembre 2013 (VIS). Hier en la Basilique du Latran, le Saint-Père a rencontré le clergé de Rome, auquel il a de lui poser des questions en toute liberté, d'autant que même Pape il se sent avant tout comme un prêtre. J'en remercie le Seigneur, a-t-il confié, comme de ne pas me croire plus important que cela. "C'est ce que je crains, car le Diable est malin, qui parvient à te faire ressentir que tu as maintenant plus de pouvoir, de faire ceci ou cela... Grâce à Dieu je ne suis pas encore tombé dans le piège. Et si cela advenait, qu'on m'avertisse s'il vous plaît...que ce soit de manière publique ou privée!". ...

الثلاثاء، 17 سبتمبر 2013

Rome reconsidère la théologie de la libération - La Libre.be

16/9/2013Rome reconsidère la théologie de la libération
International En rencontrant Gustavo Gutiérrez, le Pape rouvre le délicat dossier de cette doctrine très en vogue dans l'hémisphère sud.
Qui osera encore prétendre que le pape François ne veut pas le changement au sein de son Eglise ? Alors que par le futur Secrétaire d'Etat interposé, il a lancé un ballon d'essai sur la réouverture d'un débat sur le célibat des prêtres, il vient de poser personnellement un acte symboliquement très important en direction de la théologie de la libération qui sentait pour le moins le soufre au Vatican sous les deux derniers papes. En toute discrétion, François a reçu le dominicain Gustavo Gutiérrez qui passe précisément pour être "le père" de cette théologie très en vogue dans l'hémisphère sud.
Une audience privée qui n'avait pas été annoncée officiellement mais qui n'en constitue pas moins aussi un jalon vers une réhabilitation de ce courant, né en Amérique latine dans les années 1970. Si la théologie de la libération a longtemps été mal vue au Vatican, c'était sans nul doute à cause de sa proximité avec l'idéologie politique marxiste. Certes Jésus pouvait être considéré comme un révolutionnaire opposé aux pouvoirs de son temps mais dans les hautes sphères ecclésiales, on préférait se placer dans le sillage de dirigeants autoritaires souvent fort marqués à droite.
Comme dans le cas de l'interview de Mgr Parolin, on n'est pas non plus ici face à une démarche non réfléchie, tout au contraire. C'est que peu avant l'entrevue du Pape avec le P. Gutiérrez "L'Osservatore Romano" avait bien mis en valeur la parution en italien d'un livre déjà édité en 2004 en Allemagne signé par Mgr Gerhard Ludwig Müller, l'actuel préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi mais aussi par Gustavo Gutiérrez (qui est un ancien de l'UCL). Les deux hommes s'étaient liés d'amitié et le prélat allemand a été très sensible à son idée de vivre en solidarité avec les pauvres, de lutter avec eux et d'annoncer l'Evangile à partir d'eux.
Après des études en Belgique et en France, le P. Gustavo Gutiérrez, jeta les bases de la théologie de la libération au Brésil alors sous la botte des militaires. La libération évoquée par Gutiérrez ne pouvait cependant être considérée comme un programme politique. Il s'agissait sur le plan économique de s'attaquer aux causes des situations injustes. Mais les réformes de structures ne suffiraient pas : c'est aussi l'homme qu'il fallait changer. Il y avait enfin une dimension théologale : il fallait se libérer du péché qui est le refus d'aimer Dieu et son prochain.
Très vite, cette théologie fut combattue par les pouvoirs économiques, politiques et militaires en Amérique latine mais aussi par le pouvoir américain et elle jeta le trouble auprès de certains catholiques qui y décelaient les germes du communisme.
Bientôt la théologie de la libération fut publiquement désavouée par Jean-Paul II et fort critiquée par la Congrégation pour la doctrine de la foi que dirigeait le futur Benoît XVI. Mais le P. Gutiérrez ne fut jamais sanctionné. Il faut dire qu'il y a eu depuis lors une approche plus sereine de la question. Toute la théologie de la libération n'était pas à rejeter et notamment l'option préférentielle pour les pauvres qui fut reconnue comme une intuition juste. Une vision qui était aussi celle du cardinal Jorge Mario Bergoglio, grand défenseur d'une Eglise des pauvres. La boucle est ainsi bouclée et on attend évidemment la prochaine étape… Christian Laporte


Envoyé de mon Ipad 

Vatican: la Théologie de la libération entendue, pas réhabilitée - Le Nouvel Observateur


Vatican: la Théologie de la libération entendue, pas réhabilitée

La Théologie de la libération est-elle de nouveau en cour au Vatican? L'un de ses fondateurs, Gustavo Gutierrez, a été reçu par le pape, mais cette nouvelle bienveillance ne signifie pas pleine réhabilitation, tempèrent les experts.   (c) Afp
La Théologie de la libération est-elle de nouveau en cour au Vatican? L'un de ses fondateurs, Gustavo Gutierrez, a été reçu par le pape, mais cette nouvelle bienveillance ne signifie pas pleine réhabilitation, tempèrent les experts.  (c) Afp
Cité du Vatican (AFP) - La Théologie de la libération est-elle de nouveau en cour au Vatican? L'un de ses fondateurs, Gustavo Gutierrez, a été reçu par le pape, mais cette nouvelle bienveillance ne signifie pas pleine réhabilitation, tempèrent les experts.
Après des décennies où ses théologiens sentaient le soufre pour leurs positions favorables au marxisme, plusieurs signaux révèlent un réel changement d'atmosphère.
Un premier signe a été la large couverture réservée par le quotidien du Vatican, l'Osservatore Romano, à un livre, "De la part des pauvres, théologie de la libération, théologie de l'Eglise". Cette oeuvre à quatre mains du dominicain péruvien Gutierrez, et de l'archevêque allemand Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF, ex-Saint-Office) avait déjà été publiée discrètement en 2004 en Allemagne.
L'Osservatore a ensuite interviewé Gutierrez. Le théologien de 85 ans s'y montre très conciliant: "aucune théologie n'est éternelle", assure-t-il. Avant d'ajouter que "la Théologie de la libération est plus connue, donc plus appréciée qu'hier" et que les rappels à l'ordre passés du Vatican "n'ont parfois pas été bien lus".
Mercredi dernier, François a reçu le dominicain péruvien. Une audience connue seulement le lendemain.
Cités par les médias péruviens, l'archevêque de Lima, le cardinal conservateur de l'Opus Dei, Juan Luis Cipriani, en bisbille avec l'Université catholique PUCP de Lima --un des foyers historiques de la Théologie de la Libération--, a persiflé: "Müller est un bon théologien, un peu ingénu". L'audience du pape à Gutierrez est "utilisée" pour faire croire à un rapprochement.
A l'inverse, le théologien brésilien Leonardo Boff, jadis sanctionné par le Vatican, y croit dur comme fer. Il affirme dialoguer avec Bergoglio "à travers une amie commune en Argentine", dans une interview à La Stampa.
"François prend acte que les théologies de la libération sont absolument positives, qu'il n'y a plus de risques de confondre religion et politique", s'est félicité Mariano Fazio, professeur d'histoire des doctrines politiques à l'Université de la Sainte-Croix (Opus Dei).
"Je ne sais pourquoi certains se scandalisent. François a très bien fait de recevoir Gutierrez. Comme pasteur, il suit toutes ses brebis", a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.
Pour beaucoup d'observateurs, il est exagéré de parler d'une réhabilitation.
"La Théologie de la Libération, liée à l'analyse marxiste de la société, que nous avons connue dans les années 70 et 80, a connu son crépuscule. Nous assistons plutôt à un rapprochement de quelques théologiens avec le Vatican. Ce rapprochement s'appuie sur le désir du pape d'une Eglise pauvre pour les pauvres, conjointement à une extraordinaire attention aux classes marginalisées", estime le biographe de Benoît XVI, Marco Politi.
Selon un autre vaticaniste, Sandro Magister, la réhabilitation est "une exagération" né de la parution d'un ouvrage "modeste, ennuyeux, qui n'avait guère suscité d'intérêt" en Allemagne.
"En 2005, Bergoglio avait été très critique avec cette théologie, affirmant qu'elle était un courant mort, tout comme s'était écroulé le socialisme réel".
"Depuis qu'il est pape, il n'a pas dit un seul mot de cette théologie", a encore observé Magister.
Selon ce vaticaniste de l'Espresso, "Bergoglio suivait la +Théologie du peuple+ du jésuite argentin Juan Carlos Scannone, mais "n'a jamais reconnu comme maîtres (les théologiens de la Libération) Jon Sobrino, Leonardo Boff ou Gustavo Gutierrez".
Certains aspects de cette Théologie très populaire en Amérique Latine, comme l'option préférentielle pour les pauvres, n'ont jamais été rejetés par le Vatican.
Sous Benoît XVI, la nomination en 2012 de Mgr Müller avait été interprétée comme un signe d'apaisement.
Dans l'avion qui l'emmenait au Mexique en 2012, Benoît XVI s'interrogeait sur une théologie liée à une époque passée, mais ne se montrait pas négatif, jugeant que "le terme théologie de la libération peut être interprété dans un sens très positif".


Envoyé de mon Ipad 

الجمعة، 13 سبتمبر 2013

Le pape François témoigne de sa foi, dans "La Repubblica"

Lettre à "un non-chrétien fasciné par Jésus de Nazareth"
Pape François
ROME, 13 septembre 2013 (Zenit.org) - Le pape François répond à un « non-chrétien depuis longtemps intéressé et fasciné par la prédication de Jésus de Nazareth » en témoignant en première personne de ce qu'il vit: "La foi, pour moi, est née de la rencontre avec Jésus. Une rencontre personnelle, qui a touché mon cœur et a donné une direction et un sens nouveau à mon existence."
Dans une lettre au journaliste italien Eugenio Scalfari, fondateur et ex-directeur du quotidien La Repubblica qui publie le texte, le pape François répond aux questions qu'il lui avait posées sur la foi et la laïcité dans deux éditoriaux du 7 juillet et du 7 août.
Nous avons déjà publié notre analyse du texte (par Antonio Gaspari, le 12 septembre, et un comentaire de Mgr Forte, ce 13 septembre). Voici notre traduction de l'intégrale du texte du pape: nous avons ajouté des intertitres tirés du texte pour faciliter la lecture.
Lettre à M. Eugenio Sclafari
Cher Docteur Scalfari,
C'est avec une grande sympathie que je voudrais tenter de répondre, ne serait-ce qu'à grands traits, à la lettre accompagnée d'une série de réflexions personnelles, que vous avez voulu m'adresser dans les pages de « La Repubblica », le 7 juillet, et que vous avez ensuite enrichie dans ce même journal le 7 août.
Je vous remercie, avant tout, pour l'attention avec laquelle vous avez bien voulu lire l'encyclique « Lumen fidei ». En fait, dans l'intention de mon bien-aimé prédécesseur, Benoît XVI, qui l'a conçue et rédigée en grande partie, et de qui je l'ai héritée, l'encyclique vise non seulement à confirmer dans la foi en Jésus-Christ ceux qui se reconnaissent déjà en elle, mais aussi à susciter un dialogue sincère et rigoureux avec toute personne qui, comme vous-même, se définit comme « un non-chrétien depuis longtemps intéressé et fasciné par la prédication de Jésus de Nazareth ». Il me semble donc tout à fait positif, non seulement pour nous personnellement, mais aussi pour la société dans laquelle nous vivons, de nous arrêter pour dialoguer sur une réalité aussi importante que la foi, qui se réfère à la prédication et à la figure de Jésus. Je pense que deux circonstances en particulier font que ce dialogue, aujourd'hui, est juste et précieux.
Celui-ci, d'ailleurs, constitue, comme on le sait, un des objectifs principaux du concile Vatican II voulu par Jean XXIII, et du ministère des papes qui, chacun avec sa sensibilité et son apport propres, ont depuis lors marché dans le sillon tracé par le Concile.
Une expression intime et indispensable
La première circonstance, comme cela est rappelé dans les premières pages de l'encyclique, vient du fait que, tout au long des siècles de la modernité, nous avons assisté à un paradoxe : la foi chrétienne, dont la nouveauté et l'incidence sur la vie de l'homme se sont dès le début exprimées à travers le symbole de la lumière, a été souvent présentée comme l'obscurité de la superstition, en opposition avec la lumière de la raison. C'est ainsi qu'entre l'Église et la culture d'inspiration chrétienne d'une part, et la culture moderne empreinte d'illuminisme de l'autre, la communication est devenue impossible. Le temps est désormais venu, et Vatican II en a justement inauguré la saison, d'un dialogue ouvert et sans préjugés qui ouvre de nouveau la porte à une rencontre sérieuse et profonde.
La seconde circonstance, pour celui qui cherche à être fidèle au don qui consiste à suivre Jésus dans la lumière de la foi, découle du fait que ce dialogue n'est pas un accessoire secondaire de l'existence du croyant : il en est au contraire une expression intime et indispensable. Permettez-moi de vous citer à ce sujet une affirmation, à mon avis très importante, de l'encyclique : puisque la vérité dont témoigne la foi est celle de l'amour, « il résulte alors clairement que la foi n'est pas intransigeante, mais elle grandit dans une cohabitation qui respecte l'autre. Le croyant n'est pas arrogant ; au contraire, la vérité le rend humble, sachant que ce n'est pas lui qui la possède, mais c'est elle qui l'embrasse et le possède. Loin de le raidir, la sécurité de la foi le met en route, et rend possible le témoignage et le dialogue avec tous » (n.34). Tel est l'esprit qui anime les paroles que je vous écris.
Un sens nouveau
La foi, pour moi, est née de la rencontre avec Jésus. Une rencontre personnelle, qui a touché mon cœur et a donné une direction et un sens nouveau à mon existence. Mais en même temps, une rencontre qui a été rendu possible par la communauté de foi dans laquelle j'ai vécu et grâce à laquelle j'ai trouvé l'accès à l'intelligence de l'Écriture sainte, à la vie nouvelle qui, comme une eau jaillissante, vient de Jésus à travers les sacrements, à la fraternité avec tous et au service des pauvres, vraie image du Seigneur. Sans l'Église, croyez-moi, je n'aurais pas pu rencontrer Jésus, tout en ayant conscience que ce don immense qu'est la foi est gardé dans les fragiles vases d'argile de notre humanité. Maintenant, c'est précisément à partir de là, de cette expérience personnelle de foi vécue dans l'Église, que je me trouve à mon aise pour écouter vos questions et pour chercher, avec vous, les routes sur lesquelles nous pouvons peut-être commencer à faire un bout de chemin ensemble.
Pardonnez-moi si je ne suis pas pas-à-pas les arguments que vous proposez dans votre éditorial du 7 juillet. Il me semble plus fructueux – ou du moins il m'est plus naturel – d'aller d'une certaine manière au cœur de vos considérations. Je n'entre pas non plus dans la modalité selon laquelle l'encyclique expose son objet, et où vous avez noté l'absence d'une section consacrée spécifiquement à l'expérience historique de Jésus de Nazareth.
J'observe seulement, pour commencer, qu'une analyse de ce genre n'est pas secondaire. Il s'agit en fait, si l'on suit du reste la logique qui guide l'articulation de l'encyclique, d'attirer l'attention sur la signification de ce que Jésus a dit et a fait et ainsi, en définitive, sur ce que Jésus a été et est pour nous. Les Lettres de Paul et l'Évangile de Jean, auxquels il est fait particulièrement référence dans l'encyclique, sont construits, en effet, sur le fondement solide du ministère messianique de Jésus de Nazareth, qui atteint son sommet décisif dans la pâque de sa mort et de sa résurrection.
L'histoire de Jésus
Je dirais donc qu'il faut se confronter à Jésus dans le concret et dans l'aspérité de son  histoire, telle qu'elle nous est racontée surtout par le plus ancien des Évangiles, celui de Marc. On constate alors que le « scandale » que provoquent autour de lui la parole et la pratique de Jésus viennent de son extraordinaire « autorité », mot attesté dès l'Évangile de Marc, mais qu'il n'est pas facile de bien rendre en italien. Le mot grec est « exousia » qui, à la lettre, renvoie à ce qui « provient de l'être » que l'on est. Il ne s'agit donc pas de quelque chose d'extérieur ou de forcé, mais de quelque chose qui émane de l'intérieur et qui s'impose de soi. Jésus, en effet, touche, déconcerte, innove, à partir – il le dit lui-même – de sa relation à Dieu, qu'il appelle familièrement Abba, et qui lui donne cette « autorité » pour qu'il s'en serve en faveur des hommes. Ainsi Jésus prêche « comme quelqu'un qui a autorité », il appelle les disciples à le suivre, il pardonne… tous ces actes qui, dans l'Ancien Testament, relèvent de Dieu et seulement de Dieu.
La question qui revient plusieurs fois dans l'Évangile de Marc : « Qui est-il celui-là… » et qui concerne l'identité de Jésus, naît de la constatation d'une autorité différente de celle du monde, une autorité qui ne cherche pas à exercer un pouvoir sur les autres, mais à les servir, à leur donner une liberté et une plénitude de vie. Et ceci jusqu'à mettre en jeu sa propre vie, jusqu'à expérimenter l'incompréhension, la trahison, le refus, jusqu'à être condamné à mort, jusqu'à sombrer dans l'état d'abandon sur la croix. Mais Jésus est resté fidèle à Dieu jusqu'au bout. Et c'est précisément à ce moment, comme l'a exprimé le centurion romain au pied de la croix, dans l'Évangile de Marc, que Jésus se montre, paradoxalement, comme le Fils de Dieu ! Fils d'un Dieu qui est amour et qui veut, de tout son être, que l'homme, tout homme, découvre lui aussi qu'il est vraiment son enfant et qu'il le vive. Pour la foi chrétienne, ceci est certifié par le fait que Jésus est ressuscité : non pas pour triompher de ceux qui l'ont refusé, mais pour attester que l'amour de Dieu est plus fort que la mort, que le pardon de Dieu est plus fort que tout péché, et qu'il vaut la peine de dépenser sa vie, jusqu'au bout, pour témoigner de ce don immense.
Ouvrir à tous la voie de l'amour
La foi chrétienne croit cela : elle croit que Jésus est le Fils de Dieu venu donner sa vie pour ouvrir à tous la voie de l'amour. Vous avez donc raison, cher Docteur Scalfari, lorsque vous voyez dans l'incarnation du Fils de Dieu le pivot de la foi chrétienne. Tertullien, autrefois, écrivait « caro cardo salutis », la chair (du Christ) est le pivot du salut. Parce que l'incarnation, c'est-à-dire le fait que le Fils de Dieu soit venu dans notre chair et qu'il ait partagé les joies et les douleurs, les victoires et les échecs de notre existence, jusqu'au cri de la croix, en vivant tout dans l'amour et dans la fidélité à Abba, témoigne de l'incroyable amour que Dieu a pour tout homme, la valeur inestimable qu'il lui reconnaît. C'est pour cela que chacun de nous est appelé à faire siens le regard et le choix d'amour de Jésus, à entrer dans sa manière d'être, de penser et d'agir. C'est cela la foi, avec toutes les expressions qui sont décrites avec précision dans l'encyclique.
Dans l'éditorial du 7 juillet encore, vous me demandez aussi comment comprendre l'originalité de la foi chrétienne qui est centrée sur l'incarnation du Fils de Dieu, en comparaison avec d'autres fois qui, elles, gravitent autour de la transcendance absolue de Dieu. Je dirais que son originalité se trouve précisément dans le fait que la foi nous fait participer, en Jésus, à la relation qu'il a avec Dieu qui est Abba et, dans cette lumière, à la relation qu'il a avec tous les autres hommes, y compris ses ennemis, sous le signe de l'amour. En d'autres termes, la filiation de Jésus, comme nous la présente la foi chrétienne, n'est pas révélée pour marquer une séparation insurmontable entre Jésus et tous les autres, mais pour nous dire que, en lui, nous sommes tous appelés à être enfants de l'unique Père et frères entre nous.
Pour la communication et non pour l'exclusion
La singularité de Jésus est pour la communication et non pour l'exclusion. Certes, il en résulte aussi – et ce n'est pas sans importance – cette distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique qui est ratifiée par le fait de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César », nettement affirmé par Jésus et sur lequel l'histoire de l'Occident s'est péniblement construite. L'Église, en effet, est appelée à semer le levain et le sel de l'Évangile, c'est-à-dire l'amour et la miséricorde de Dieu qui rejoignent tous les hommes, indiquant ainsi le but définitif de notre destinée dans l'au-delà, tandis qu'à la société civile et politique revient la tâche ardue d'articuler et d'incarner dans la justice et dans la solidarité, dans le droit et dans la paix, une vie toujours plus humaine. Pour celui qui vit la foi chrétienne, cela ne signifie pas la fuite du monde ou la recherche d'une quelconque hégémonie, mais le service de l'homme, de tout l'homme et de tous les hommes, à partir des périphéries de l'histoire et en gardant éveillé le sens de l'espérance qui pousse à faire le bien malgré tout et en regardant toujours au-delà.
La peuple juif
Vous me demandez aussi, dans la conclusion de votre premier article, quoi dire à nos frères juifs au sujet de la promesse que Dieu leur a faite : a-t-elle totalement échoué ? Cette question, croyez-moi, nous interpelle radicalement comme chrétiens, parce que, avec l'aide de Dieu, surtout à partir du concile Vatican II, nous avons redécouvert que le peuple juif est toujours, pour nous, la racine sainte d'où a germé Jésus. Moi aussi, dans l'amitié que j'ai cultivée tout au long de ces années avec mes frères juifs, en Argentine, j'ai souvent interrogé Dieu dans ma prière, en particulier lorsque mon esprit me rappelait la terrible expérience de la Shoah. Ce que je peux dire, avec l'apôtre Paul, c'est que jamais la fidélité de Dieu à l'alliance nouée avec Israël n'a faibli et que, à travers les terribles épreuves de ces derniers siècles, les juifs ont conservé leur foi en Dieu. Et nous, l'Église, mais aussi l'humanité, nous ne leur en seront jamais suffisamment reconnaissants. De plus, précisément en persévérant dans leur foi dans le Dieu de l'alliance, ils nous rappellent à tous, y compris à nous chrétiens, que nous sommes toujours dans l'attente, comme des pèlerins, du retour du Seigneur et que nous devons tous toujours être ouverts à lui et ne jamais nous retrancher derrière ce que nous avons déjà atteint.
Ecouter sa conscience
J'en viens aux trois questions que vous me posez dans l'article du 7 août. Il me semble, pour les deux premières, que ce qui vous tient à cœur est de comprendre l'attitude de l'Église envers ceux qui ne partagent pas la foi en Jésus. Avant tout, vous me demandez si le Dieu des chrétiens pardonne à ceux qui ne croient pas et qui ne cherchent pas la foi. Étant donné – et c'est le point fondamental – que la miséricorde de Dieu n'a pas de limites si l'on s'adresse à lui avec un cœur sincère et contrit, la question, pour celui qui ne croit pas en Dieu, est dans l'obéissance à sa propre conscience. Le péché, même pour celui qui n'a pas la foi, consiste à aller contre sa conscience. Écouter sa conscience et lui obéir signifie, en effet, se décider face à ce que l'on perçoit comme le bien ou le mal. Et c'est sur cette décision que se joue la nature bonne ou mauvaise de nos actes.
La vérité, ni variable ni subjective
En second lieu, vous me demandez si c'est une erreur ou un péché de penser qu'il n'existe aucun absolu et donc aucune vérité absolue non plus, mais seulement une série de vérités relatives et subjectives. Pour commencer, je ne parlerais pas de vérité « absolue », pas même pour le croyant, au sens où l'absolu est ce qui est détaché, ce qui est privé de toute relation. Or la vérité, selon la foi chrétienne, est l'amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ. Donc la vérité est une relation ! C'est tellement vrai que chacun de nous saisit la vérité et l'exprime à partir de lui-même : de son histoire et de sa culture, de la situation dans laquelle on vit, etc. Cela ne signifie pas que la vérité soit variable et subjective, bien au contraire. Mais cela signifie qu'elle se donne à nous toujours et uniquement comme un chemin et une vie. Jésus lui-même n'a-t-il pas dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » ? En d'autres termes, la vérité étant en définitive une seule chose avec l'amour, elle demande humilité et ouverture pour être cherchée, accueillie et exprimée. Il faut donc bien s'entendre sur les termes et peut-être, pour sortir d'une opposition… absolue, reposer la question en profondeur. Je pense que ceci est absolument nécessaire aujourd'hui pour engager ce dialogue serein et constructif que j'ai souhaité au début de ma lettre.
Dieu n'est pas une "idée"
Vous me demandez enfin si, avec la disparition de l'homme sur la terre, la pensée capable de penser Dieu disparaîtra aussi. Certes, la grandeur de l'homme réside dans sa capacité à penser Dieu. Et donc, dans sa capacité à vivre une relation consciente et responsable avec lui. Mais cette relation est entre deux réalités. Dieu – c'est ce que je pense et c'est mon expérience mais combien, hier et aujourd'hui, partagent ce point de vue ! – n'est pas une idée, même très élevée, fruit de la pensée de l'homme. Dieu est une Réalité avec un « R » majuscule. Jésus nous le révèle comme un Père d'une bonté et d'une miséricorde infinies, et c'est cette relation qu'il vit avec lui. Dieu ne dépend donc pas de notre pensée. Du reste, même si la vie de l'homme sur la terre prenait fin – et, pour la foi chrétienne en tout cas, ce monde tel que nous le connaissons est destiné à disparaître – l'homme n'arrêtera pas d'exister ni même, d'une manière que nous ignorons, l'univers créé avec lui. L'Écriture parle de « cieux nouveaux et terre nouvelle » et affirme que, à la fin, dans un « où » et un « quand » qui sont au-delà de nous, mais vers lesquels, dans la foi, nous tendons dans le désir et dans l'attente, Dieu sera « tout en tous ».
Une tentative de réponse sincère et confiante
Cher Docteur Scalfari, je conclus ici ces quelques réflexions, suscitées par ce que vous avez bien voulu me communiquer et me demander. Accueillez-les comme la tentative d'une réponse provisoire, mais sincère et confiante, à la proposition que je vous adressée de faire un bout de chemin ensemble. L'Église, croyez-moi, malgré toutes ses lenteurs, ses infidélités, les erreurs et les péchés qu'elle a pu commettre et qu'elle peut encore commettre à travers ceux qui la composent, n'a pas d'autre sens ni d'autre but que de vivre de Jésus et de témoigner de lui, lui qui a été envoyé par Abba « pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).
Avec mes sentiments de proximité fraternelle,
François
Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Les trois principales nouveautés du pontificat


Analyse du directeur de la salle de presse du Saint-Siège
Père Federico Lombardi SJ
ROME, 13 septembre 2013 (Zenit.org) - Six mois jour pour jour après l'élection du pape François, le 13 mars dernier, le père Federico Lombardi SJ, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, propose, au micro de Radio Vatican, les nouveautés et les points forts du pontificat, mais il rappelle: "ce qui compte, c'est la réforme permanente de la vie de l'Église".
C'était le 13 mars : à 19h06, l'explosion de joie de la foule Place Saint-Pierre avec l'apparition de la fumée blanche, puis de nouveau lorsque le cardinal proto-diacre, Jean-Louis Tauran, est apparu à la loggia, à 20h12, pour annoncer que l'Église catholique avait un nouveau pape, et enfin, à 20h26, la salutation du pape François, de cette même loggia de la basilique vaticane: "Bonsoir!".
Père Lombardi, pour reprendre la méthode du pape François, quels sont les trois principales nouveautés de ce pontificat ?
P. Federico Lombardi – Je dirais que la première nouveauté est le nom, qui m'a frappé dès le début : François, un nom tout-à-fait nouveau ; aucun pape ne l'avait choisi auparavant. Et, avec le nom de François, il y a l'explication, donnée par le pape lui-même : « les pauvres, la paix, la sauvegarde de la création ». Et nous avons déjà vu – au moins en ce qui concerne les pauvres et la paix – que ce sont vraiment des traits fondamentaux de ce pontificat, qui sont aussi d'une extrême actualité, comme cet engagement extrêmement courageux pour la paix au Moyen-Orient, au cours des dernières semaines.
Ensuite, une seconde nouveauté me semble être la fin de l' « eurocentrisme » de l'Église, c'est-à-dire le fait que nous ayons un pape latino-américain. En réalité, on sent cela dans le sens plutôt positif d'un élargissement de l'horizon : nous l'avons vu en particulier au cours des Journées mondiales de la jeunesse, où nous avons vu le pape sur son continent d'origine et nous avons appris que son style aussi est pastoral, sa façon d'être en relation directe avec les gens, son langage très simple… Même les thèmes de l'attention à la pauvreté etc. viennent d'un contexte ecclésial très riche, avec une grande tradition qui arrive maintenant au cœur de l'Église avec une plus grande force et une plus grande présence. Tous les papes ont été "universels", c'était des papes qui avaient à cœur le monde entier et ce n'est pas qu'ils étaient "partiaux". Mais je crois que l'on peut reconnaître que le choix d'un pape provenant d'un autre continent apporte effectivement quelque chose de spécifique dans le style, dans les perspectives, et c'est quelque chose qui est désiré par l'Église universelle, qui est voulu par les cardinaux et nous l'apprécions comme un nouvel enrichissement du chemin de l'Église universelle.
Et puis, si je dois donner une troisième caractéristique, il me semble qu'il y a la dimension missionnaire. Le pape François parle beaucoup d'une Église non-autoréférentielle, d'une Église en mission, d'une Église qui regarde en dehors d'elle-même le monde entier. Il m'est revenu à l'esprit la très belle Lettre de Jean-Paul II à la fin du Jubilé, « Duc in altum », avance au large – adressée à l'Église du troisième millénaire. Voilà, il me semble que, effectivement, avec le pape François, la barque de l'Église navigue avec détermination vers le large, sans peur, sans angoisses, avec la joie de pouvoir rencontrer le mystère de Dieu sous des horizons nouveaux.
Le pape secoue les chrétiens, parfois même avec des paroles très fortes, et ceux qui sont loin se rapprochent …
Oui, disons que le style, le langage direct du pape, son comportement, et aussi la nouveauté de son style de vie touchent profondément et suscitent beaucoup d'intérêt et d'enthousiasme. Mais je crois, et j'espère, que le motif fondamental de cet intérêt est profond, que cela vient du fait que le pape insiste énormément sur un Dieu qui aime, un Dieu de miséricorde, un Dieu toujours prêt à pardonner celui qui s'adresse à lui avec humilité.
Et de cette manière, il me semble qu'il touche l'homme en profondeur - l'homme et les femmes de notre temps ; il sait, lui,  combien ils sont blessés : blessés par tant d'expériences difficiles, par tant de frustrations, d'injustices, de situations de pauvreté et de marginalisation dans le monde d'aujourd'hui. Alors, cette manière de parler si efficace et cette capacité à communiquer, par ses paroles et ses gestes et dans un style aussi direct, l'amour de Dieu pour tous, sa proximité, son intérêt pour l'homme, sa tendresse – un des mots que le pape aime particulièrement et qui expriment sa façon d'être – tout cela touche et émeut en profondeur les personnes, toutes : les croyants et ceux qui se disent non-croyants.
Parce que toutes les personnes sont aimées de Dieu et sont vraiment celles à qui est adressé ce grand message de l'amour de Dieu et de l'amour du Christ. Et donc, cela parle à tout le monde, lorsque c'est dit dans la vérité, de manière concrète et proche du cœur de l'homme.
Ce pontificat suscite de grandes attentes. À quoi devons-nous nous attendre dans les prochains mois ?
Mais… je ne suis pas prophète… Nous savons, pour dire les choses simplement, que, dans les prochains mois, le pape affrontera aussi des questions qui concernent le gouvernement de l'Église, en consultant ses collaborateurs, que ce soit ses collaborateurs de la curie romaine, comme il l'a déjà fait récemment, ou les cardinaux, comme il le fera au mois d'octobre, les cardinaux qu'il a choisis et qui viennent de différentes parties du monde. Mais, honnêtement, je ne voudrais pas que l'on surestime ces fameuses réformes de structure, qui concernent un peu l'institution.
Ce qui compte, c'est le cœur de la réforme permanente de la vie de l'Église et, en ce sens, le pape François, par son exemple, sa spiritualité, son attitude d'humilité et de proximité, veut certainement nous rendre proches de Jésus, veut faire de nous une Église en marche, proche de l'humanité d'aujourd'hui, en particulier de l'humanité qui souffre et qui a davantage besoin de la manifestation de l'amour de Dieu. Et donc, cette Église en marche, capable d'être solidaire, compagne de l'humanité qui chemine. Je crois que c'est à cela que nous pouvons et devons nous attendre à travers tant de signes et de décisions.
Ces dernières semaines, nous avons eu la grande question de la paix, de ceux qui souffrent des tensions et des guerres, mais nous pouvons en avoir beaucoup d'autres : il y a la question de la proximité à l'égard des réfugiés, la proximité à l'égard des différentes formes de marginalisation, de la prison, etc. Alors, laissons le Seigneur nous conduire. Le pape n'est pas quelqu'un qui pense avoir la main sur la planification et l'organisation de l'Histoire. Le pape est une personne qui écoute l'Esprit du Seigneur et qui cherche à le suivre docilement et, en ce sens, il nous entraîne sur un chemin toujours nouveau et dont nous sommes convaincus qu'il sera beau et plein d'espérance.
Comment se passe la coexistence au Vatican du pape François avec le pape émérite Benoît XVI ?
Ah, cela se passe très bien, cela se passe parfaitement ! Je dirais que nous sommes tous contents – à commencer par le pape François – de la présence du pape émérite au Vatican, avec sa discrétion, sa spiritualité, sa prière, son attention. C'est exactement ce qu'il nous avait promis, ce qu'il nous avait annoncé à l'occasion de sa renonciation : il continuerait à être en chemin avec l'Église, mais davantage sous la forme de la prière, de l'offrande de sa vie, de la proximité spirituelle plutôt que celle d'une présence, disons, opérationnelle.
En même temps, nous savons qu'il existe aussi une relation personnelle, extrêmement cordiale entre le pape François et son prédécesseur ; il y a eu quelques moments symboliques où nous l'avons vu : lorsque le pape François l'a invité à une très belle cérémonie dans les Jardins du Vatican pour inaugurer un nouveau monument ; mais ce qui a été encore plus éloquent, c'est lorsqu'il est allé le trouver avant son voyage au Brésil, pour lui demander sa prière, sa proximité, son soutien pendant ce moment si important ; et puis, quand il est allé le rencontrer à son retour pour lui raconter les belles expériences de ce voyage, le remercier de sa proximité dans la prière.
Moi aussi, j'ai eu une fois la joie de pouvoir être proche du pape Benoît et de voir sa sérénité, sa foi, sa spiritualité, son extraordinaire affabilité, dont il a si souvent témoigné au cours de son pontificat et qui continue à le caractériser, même si maintenant, c'est d'une manière nouvelle et discrète. Je crois que nous percevons, même si nous ne le voyons pas souvent, nous sentons toujours la présence de son affection, de sa prière, de sa sagesse et de son conseil, qui est certainement toujours à la disposition de son successeur, s'il le demande.
En quoi  le travail du porte-parole du pape a-t-il changé ces six derniers mois ?
Mais… j'ai toujours dit que je ne suis pas tant le porte-parole du pape que le directeur de la salle de presse qui rend l'humble service de mettre à disposition les informations, les textes et les réponses pour bien faire comprendre ce que le pape dit et fait.
Honnêtement, il me semble que, pendant ces six derniers mois de pontificat du pape François, le pape a agi et parlé de manière tellement intense que, effectivement, et heureusement, j'ai pu être tout-à-fait dans l'ombre par rapport à ce qu'est le protagoniste, la voix principale que les fidèles veulent écouter, et qui est justement celle du pape.
Et donc, le service est toujours le même : celui d'aider le ministère du pape pour le service du peuple de Dieu, mais c'est un temps où la parole du pape est très claire, concrète, bien reçue, ses gestes sont très intenses, très fréquents… Disons donc qu'il y a beaucoup à faire pour le suivre, mais il parle de lui-même.
Traduction Hélène Ginabat

Fwd: مدير دار الصحافة الفاتيكانية يتحدث لإذاعتنا عن الأشهر الستة الأولى من حبرية البابا فرنسيس


Objet: مدير دار الصحافة الفاتيكانية يتحدث  عن الأشهر الستة الأولى من حبرية البابا فرنسيس



لمناسبة مرور ستة أشهر على انتخاب البابا فرنسيس، في الثالث عشر من آذار مارس الماضي، أجرت إذاعة الفاتيكان مقابلة مع مدير دار الصحافة التابعة للكرسي الرسولي الأب فدريكو لومباردي الذي استهل كلمته مشيرا إلى اختيار اسم "فرنسيس" الذي هو اسم جديد بلا شك وشاء البابا من خلال هذا الاسم أن يشير إلى التزامه في الدفاع عن الفقراء وتعزيز السلام وحماية الخلق. وهذا ما انعكس من خلال الأشهر الستة الأولى من حبرية البابا برغوليو. أما الناحية الأخرى، فتكمن في انتخاب بابا من أمريكا الجنوبية ما يشكل انفتاحا على الآفاق، وقد عشنا هذه الخبرة الجديدة من خلال مشاركة البابا فرنسيس في الأيام العالمية للشباب في ريو دي جانيرو بالبرازيل.
هذا ثم أشار الأب لومباردي إلى أن الحبر الأعظم يتحدث كثيرا عن رسالة الكنيسة، عن كنيسة تنظر أبعد من حدودها، تنظر إلى العالم بأسره. هذا ثم أشار مدير دار الصحافة الفاتيكانية إلى اللغة التي يستعملها البابا فرنسيس وإلى تصرفاته التي تلامس قلوب الناس، وتولد لديهم الحماسة. ولفت إلى أن البابا يشدد كثيرا على محبة الله ورحمته واستعداده ليغفر لمن يتوجهون إليه بتواضع ووداعة. كما يؤكد أن الله يحب كل الكائنات البشرية وبالتالي يوجه هذه الرسالة إلى جميع الأشخاص بدون أي استثناء.
وفي رد على سؤال حول ما يمكن أن نتوقعه من البابا فرنسيس خلال الأشهر المقبلة قال مدير دار الصحافة التابعة للكرسي الرسولي: أنا لستُ نبيا، لكننا نعلم أن البابا سيتطرق خلال الأشهر المقبلة إلى مسائل تتعلق بإدارة شؤون الكنسية، من خلال التشاور مع معاونيه في الكوريا الرومانية والفاتيكان. وأكد الأب لومباردي أن البابا يريد منا أن نقترب أكثر فأكثر من السيد المسيح ويريد منا أن نصير كنيسة تسير إلى الأمام، وقريبة من البشرية اليوم ومن الأشخاص المتألمين والمحتاجين إلى محبة الله! هذا ما يمكن أن نتوقعه في الفترة المقبلة، من خلال قرارات كثيرة سيتخذها البابا فرنسيس.
وتابع الأب لومباردي يقول: لقد تطرقنا إلى مسألة السلام، خلال الأسابيع القليلة الماضية، وتحدثنا عن الأشخاص الذين يعانون من التوترات والحروب، ويمكننا أن نتوقع من البابا أن يتناول في المستقبل قضايا تتعلق باللاجئين والأشخاص المهمشين ونزلاء السجون. وأضاف: البابا شخص يصغي إلى روح الرب، ويسعى إلى اتباعه بوداعة ويحملنا على السير في درب متجدد!
فيما يتعلق بالعلاقات القائمة بين البابا فرنسيس والبابا الفخري بندكتس السادس عشر أكد الأب لومبادري أن العلاقة بين الرجلين ممتازة! لافتا إلى أن البابا راتزنغر يصلي على نية الكنيسة، كما سبق أن أعلن خلال استقالته من منصبه! وتابع مشيرا إلى الزيارة التي قام بها البابا فرنسيس إلى البابا بندكتس السادس عشر قبيل توجهه إلى البرازيل، ليطلب من البابا الفخري أن يصلي من أجله.


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