الثلاثاء، 1 أكتوبر 2013

Rencontre extraordinaire du pape François et d'Eugenio Scalfari


« Les jeunes sans travail : un des maux de notre monde » (1/2)
Anita Bourdin
ROME, 1 octobre 2013 (Zenit.org) - « Les jeunes sans travail : un des maux de notre monde », déclare le pape François qui poursuit son dialogue avec Eugenio Scalfari dans les colonnes du quotidien italien "La Repubblica" (cf. Zenit du 12 septembre 2013, pour l'analyse, et Zenit du 13 septembre pour le texte).
L'entretien a eu lieu au Vatican, le 24 septembre, après la lettre du pape François à la « Repubblica », et après un appel téléphonique qu'Eugenio Scalfari déclare ne jamais pouvoir oublier.
Une rencontre extraordinaire
Il raconte: "Il était deux heures et demie de l'après-midi. Mon téléphone sonne et j'entends la voix assez agitée de ma secrétaire : « J'ai le pape en ligne, je vous le passe tout de suite ». Stupéfait, j'entends déjà la voix de Sa Sainteté à l'autre bout du fil : « Bonjour, je suis le pape François. – Bonjour Sainteté, je suis bouleversé, je ne m'attendais pas à ce que vous m'appeliez. – Pourquoi bouleversé ? Vous m'avez écrit une lettre demandant de me connaître en personne. J'avais le même désir et je suis donc là pour fixer le rendez-vous. Voyons mon agenda : mercredi, je ne peux pas, lundi non plus ; cela vous irait, mardi ? – Cela va très bien. – L'horaire est un peu malcommode, à 15 heures, cela vous va-t-il ? Sinon, changeons de jour. – Sainteté, l'horaire va très bien aussi. – Alors, nous sommes d'accord : mardi 24 à 15 heures. À Sainte-Marthe. Vous devez entrez par la porte du Saint-Office. » Ne sachant comment conclure cette conversation, je me laisse aller à lui dire : « Je peux vous embrasser par téléphone ? – Certainement, je vous embrasse moi aussi. Nous le ferons ensuite en personne ; au-revoir. »
Il décrit ensuite la rencontre: "Le pape entre et me tend la main, nous nous asseyons. Souriant, il me dit : « Un de mes collaborateurs qui vous connaît m'a dit que vous alliez tenter de me convertir ». (Je réponds à la plaisanterie) Mes amis aussi pensent que c'est vous qui voulez me convertir. Il sourit encore et répond : « Le prosélytisme est une bêtise grandeur nature, cela n'a pas de sens. Il faut se connaître, s'écouter et faire grandir notre connaissance du monde qui nous entoure. Il m'arrive, après une rencontre, d'avoir envie d'en avoir une seconde parce que de nouvelles idées ont émergé et qu'on découvre de nouveaux besoins. C'est important, cela : se connaître, s'écouter, élargir le champ de sa pensée. Le monde est parcouru de routes qui rapprochent et qui éloignent, mais l'important est qu'elles mènent vers le bien."
Diagnostic de l'urgence
Le pape diagnostique "les maux les plus graves qui affligent le monde actuellement sont le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont laissées les personnes âgées. Les personnes âgées ont besoin de soins et de compagnie et les jeunes, de travail et d'espérance, mais ils n'ont ni l'un ni l'autre et le problème est qu'ils ne les cherchent plus. On les a chassés dans le présent. Dites-moi : peut-on vivre chassés dans le présent ? Sans mémoire du passé et sans désir de se projeter dans le futur en construisant un projet, un avenir, une famille ? Est-il possible de continuer comme cela ? Pour moi, ceci est le problème le plus urgent que l'Église ait sous les yeux".
Pour le pape, le problème ne concerne pas seulement les États, les gouvernements, les partis, les syndicats, "il concerne aussi l'Église et même surtout l'Église parce que cette situation ne blesse pas seulement les corps mais aussi les âmes. L'Église doit se sentir responsable des âmes comme des corps. Elle en est consciente dans une large mesure, mais pas suffisamment. J'aimerais qu'elle le soit davantage. Ce n'est pas le seul problème que nous ayons devant nous mais c'est le plus urgent et le plus dramatique."
Le pape rappelle l'importance de la conscience de chacun: "Chacun de nous a sa vision du bien et aussi du mal. Nous devons inciter chacun à avancer vers ce qu'il pense être le bien. Chacun a son idée du bien et du mal et doit choisir de suivre le bien et de combattre le mal tels qu'il les conçoit. Cela suffirait à améliorer le monde."
La lèpre de la papauté
Il souligne que c'est ce que veut l'Eglise: "Nos missions ont ce but : distinguer les besoins matériels et immatériels des personnes et chercher à les satisfaire comme nous le pouvons. Savez-vous ce qu'est l' « agape » ? C'est l'amour des autres, comme nous l'a enseigné notre Seigneur. Ce n'est pas du prosélytisme, c'est l'amour. L'amour du prochain, le levain qui sert le bien commun (...). Le Fils de Dieu s'est incarné pour insuffler dans l'âme des hommes le sentiment de la fraternité. Nous sommes tous frères et tous enfants de Dieu, Abba, comme il appelait son Père. Je vous trace le chemin, disait-il. Suivez-moi et vous trouverez le Père et vous serez tous ses enfants et il trouvera sa joie en vous. L'agape, l'amour de chacun de nous envers tous les autres, des plus proches à ceux qui sont le plus loin, est justement le seul moyen que Jésus nous ait indiqué pour trouver la voie du salut et des Béatitudes."
Le pape répond une objection sur le thème du "narcissisme": "Le terme de "narcissisme" ne me plaît pas, il indique un amour démesuré pour soi-même et cela ne va pas, cela peut produire de graves dommages non seulement à l'âme de celui qui en est affecté, mais aussi dans son rapport avec les autres, avec la société dans laquelle il vit. Le vrai problème est que les personnes les plus marquées par ce qui, en réalité, est une forme de trouble mental, sont celles qui ont beaucoup de pouvoir. Les chefs sont souvent narcissiques (...). Vous savez ce que j'en pense ? Les chefs de l'Église ont souvent été narcissiques, flattés, et mal encouragés par leurs courtisans. La cour est la lèpre de la papauté."
Communauté du peuple de Dieu
Le pape lève le doute: il ne parle pas de la curie romaine: "A la Curie il y a parfois des courtisans, mais la Curie, dans son ensemble, c'est autre chose. C'est ce que, dans l'armée, on appelle l'intendance, elle gère les services qui servent au Saint-Siège. Mais elle a un défaut : elle est "Vaticanocentrique". Elle voit et elle traite les intérêts du Vatican qui sont encore, en grande partie, des intérêts temporels. Cette vision "Vaticanocentrique" néglige le monde qui nous entoure. Je ne partage pas cette vision et je ferai tout pour la changer. L'Église est ou doit redevenir la communauté du peuple de Dieu et les prêtres, les curés, les évêques avec charge d'âmes, sont au service du peuple de Dieu. C'est cela, l'Église et ce n'est pas par hasard si le terme employé est différent de celui de "Saint-Siège", qui a une fonction différente mais qui est au service de l'Église. Je n'aurais pas pu avoir pleinement foi en Dieu et dans son Fils si je ne m'étais pas formé dans l'Église et j'ai eu la chance de me trouver, en Argentine, dans une communauté sans laquelle je n'aurais pas pris conscience de moi-même et de ma foi."
Le communisme et l'anticléricalisme
Le pape François évoque aussi sa vocation personnelle: "Pour ma famille, j'aurais dû faire un autre métier, travailler, gagner un peu d'argent. Je suis allé à l'université. J'ai eu une enseignante pour laquelle j'éprouvais beaucoup de respect et d'amitié, c'était une fervente communiste. Elle me lisait souvent, ou me donnait à lire, des textes du Parti communiste. C'est ainsi que j'ai connu aussi cette conception très matérialiste. Je me souviens qu'elle m'avait même fait parvenir le communiqué des communistes américains pour la défense des Rosenberg qui avaient été condamnés à mort. Cette femme dont je parle fut ensuite arrêtée, torturée et tuée par le régime dictatorial qui gouvernait l'Argentine à cette époque."
Il précise: "Le matérialisme du communisme n'a eu aucune prise sur moi. Mais le connaître à travers une personne courageuse et honnête m'a été très utile, j'ai compris certaines choses, un aspect du social que j'ai ensuite retrouvé dans la doctrine sociale de l'Église."
Et à propos de la théologie de la libération: "C'est certain que leur théologie avait des développements politiques, mais beaucoup d'entre eux étaient croyants et avait une conception élevée de l'humanité."
Eugenio Scalfari évoque à son tour sa formation: mère catholique, prix de catéchisme à 12 ans, communiant des Premiers Vendredis, qui bascule au lycée avec la découverte des philosophes, notamment de Descartes: "Descartes n'a toutefois jamais renié sa foi dans le Dieu transcendant", fait remarquer le pape, qui ajoute: "Mais, d'après ce que j'ai compris, vous êtes un non-chrétien mais pas un anticlérical. C'est très différent."
"C'est vrai, je ne suis pas anticlérical, mais je le deviens lorsque je croise une personne cléricale", répond Scalfari qui fait sourire le pape: "Cela m'arrive aussi, lorsque je me trouve devant une personne cléricale, je deviens d'un coup anticlérical. Le cléricalisme ne devrait rien avoir en commun avec le christianisme. Saint Paul, qui fut le premier à parler aux Gentils, aux païens, aux croyants d'autres religions, fut le premier à nous enseigner cela."
Avec Hélène Ginabat pour la traduction

الخميس، 26 سبتمبر 2013

رأي البابا فرنسيس في مسائل حساسة كالطلاق والمثليين


بقلم روبير شعيب
الفاتيكان, 26 سبتمبر 2013 (زينيت) - لم يكتف البابا فرنسيس في مقابلته مع الأب أنطونيو سبادارو بالحديث عن الكنيسة بشكل نظري، بل دخلا سوية في مواضيع شائكة وشجاعة. فقد سأله الأب اليسوعي عما يجب فعله مع المطلقين الذين يتزوجون ثانية ومع المثليين.
وأجاب البابا على هذه التساؤلات قائلاً: "يجب أن نعلن الإنجيل في كل سبيل، حاملين البشرى السارة، بشرى الملكوت.
وأخبر أنه كان يتلقى في بوينس أيرس (عندما كان رئيس أساقفة) رسائل من أشخاص مثليين كانوا يقولون أن الكنيسة قد دانتهم وتخلت عنهم.
وذكر بما قاله في الطائرة، على طريق العودة من لقاء الشبيبة العالمي: "إذا كان هناك مثلي ذو إرادة صالحة ويبحث عن الله، من أنا لأحكم عليه". وأوضح أنه بقوله هذا إنما يردد ما يقوله كتاب التعليم المسيحي.
وأضاف: "إن للدين حق في التعبير عن رأيه في خدمة العالم، ولكن الله في الخلق جعلنا أحرارًا: إن التدخل الروحي في حياة الأشخاص امر غير ممكن.
مرة سألني أحد الأشخاص بلهجة تحدٍ عما إذا كنت أقبل بالمثلية. فأجبته بسؤال آخر: "قل لي: عندما ينظر الله إلى شخص مثلي، هل يرضى بوجوده بعطف، أم يرفضه حاكمًا عليه؟".
وأردف: "يجب علينا دومًا أن نعتبر الشخص البشري. ندخل هنا في سر الإنسان. في الحياة، يرافق الله الأشخاص، ونحن علينا أن نرافقهم انطلاقًا من حالتهم. يجب أن نرافق برحمة. عندما يحدث هذا الأمر، يوحي الروح القدس للكاهن بالكلمات الصائبة التي يجب قولها".
ومن هنا تحدث البابا عن "عظمة سر الاعتراف" الذي يعتبر كل شخص بحد ذاته، وتمييز ما يجب القيام به لكي يعرف كل شخص ما يجب فعله في بحثه عن الله ونعمته".
وأضاف: "إن كرسي الاعتراف ليس غرفة تعذيب، بل هو موضع الرحمة حيث يشجعنا على القيام بأفضل مجهودنا".
الطلاق
وقدم البابا أيضًا مثل امرأة كانت متزوجة وارتكبت أيضًا خطيئة الإجهاض، ولكن بعد ذلك تابت وهي الآن متزوجة وعندها خمسة أولاد.
وأردف: "لا يجب أن نركز فقط على المسائل المتعلقة بالإجهاض، الزواج المثلي أو استعمال وسائل منع الحمل. هذا أمر غير ممكن". واعترف أنه تحدث كثيرًا عن هذه الأمور، وأنه نال التوبيخ بسبب ذلك، لافتًا إلى أنه عندما نتحدث عن هذه الأمور يجب أن نقوم بذلك في إطار محدد.
وتابع: "إن فكر الكنيسة معروف بهذا الشأن، وأن ابن الكنيسة، ولذا لا يجب الحديث عنها باستمرار".
وأوضح بأن التبشير الإرسالي، لا يركز على هذه الأمور، بل يشدد أكثر وأولاً "على ما هو جوهري، على الضروري، وهو أيضًا ما يجذب أكثر، ما يجعل القلب يتقد، مثلما حدث مع تلميذي عماوس".
وشدد بالتالي على أنه يجب "أن نجد توازنًا جديدًا، وإلا فإن بناء الكنيسة الأخلاقي يتعرض لخطر السقوط كقصر من ورق، وأن يفقد صفاءه وعطر الإنجيل".
ولخص الفكرة قائلاً: "يجب على بشرى الإنجيل أن تكون أكثر بساطة، عمقًا وإشعاعًا. وانطلاقًا من هذا الإعلان تنبع الخلاصات الأخلاقية".
ولفت في هذا الصدد إلى أن العظات الجميلة يجب أن تبدأ دومًا بالبشرة الأولى، بشرى الخلاص. فما من شيء أعمق وأقوى وأثبت من هذا الإعلان. ويجب الإيقان بأن "بشرى حب الله الخلاصي يسبق الواجبات الأخلاقية والدينية".

بابا: "أحلم بكنيسة أم وراعية", le pape francis: je reve d'une Eglise Maternelle et pastorale


مقابلة مع البابا فرنسيس (4)
بقلم روبير شعيب
الفاتيكان, 26 سبتمبر 2013 (زينيت) - إن تعليم الأمس الذي تحدث فيه الأب الأقدس عن ضرورة عيش الانفتاح في الكنيسة وفي الجماعات الكنسية، قد عبّر عنه أيضًا في المقابلة مع الأب سبادارو اليسوعي، التي نستمر باستعراض أهم أفكارها.
فقد انتقد الاب الأقدس في حديثه عن الكنيسة موقف الانغلاق الذي يشكل تجربة متكررة: "الكنيسة – قال البابا – قد استسلمت للانطواء في أمور صغيرة، في قواعد صغيرة. أما الامر المهم حقًا فهو الإعلان الإنجيلي الأول بأن 'يسوع المسيح قد خلّصك".
وأضاف: "على رجال الكنيسة أن يكونوا فوق كل شيء خدام الرحمة الإلهية". وقد أشار في هذا الصدد عن معنى سر الاعتراف، الذي قد يتعرض أحيانًا لتجربة أن نكون قاسين جدًا وأحيانًا أخرى لتجربة الرخاوة. ولفت البابا بحس التمييز المعتاد إلى أن كلي الموقفين هما غير مناسبين لأنها يغسلان أيديهما من مسؤولية قبول الآخر وأخذه على عاتقنا. وشدد على القول أنه "يجب أن نرافق الأشخاص وأن نداوي جراحهم".
وتابع البابا برغوليو: "أحلم كنيسة تكون أمًا وراعيةً. يجب على رعاة الكنيسة أن يكونوا رحماء، أن يحملوا أعباء الناس، أن يرافقوهم مثل السامري الصالح الذي يغسل، ينظف ويعزي القريب. هذا هو الإنجيل بنقائه. الله أكبر من خطيئتنا".
ثم شدد على أن الإصلاحات البنوية هي ثانوية، وهي تأتي بعد إصلاح الموقف. ولذا "يجب على خدام الإنجيل أن يكونوا قادرين على "تدفئة قلوب الأشخاص"، و "أن يسيروا معهم في ظلمة الليل" و "أن يعرفوا أن يتحاورا وأن يغوصوا في ليلهم، في ظلمتهم، دون أن يتيهوا بدورهم".
فشعب الله بحاجة "لرعاة، لا لموظفين أو لإكليريكيين أمميين".
وأضاف البابا مشيرًا إلى أنه لا يجب أن نكتفي بأن نكون كنيسة تستقبل، بل يجب أن نكون كنيسة خلاقة "تجد سبلًا جديدة" و "قادرة على الخروج من ذاتها وللذهاب نحو من لا يرتادها، نحو من ولّى ومن بات غير مبالٍ".

الأحد، 22 سبتمبر 2013

Six mois de pontificat : une « révolution évangélique

 »
Un témoin raconte et analyse
Prof. Guzman Carriquiry Lecour
ROME, 22 septembre 2013 (Zenit.org) - Le pontificat du pape François n'introduit « aucune rupture révolutionnaire avec la tradition de l'Eglise », fait observer le prof. Guzmán M. Carriquiry Lecour, secrétaire de la Commission pontificale pour l'Amérique latine, dans une conférence donnée le 21 d'août dernier, lors du Meeting de Communion et Libération à Rimini (Italie), aux côtés du père Josè Maria "Pepe" Di Paola. C'est une « révolution évangélique ». Il souligne que déjà « Bergoglio entretenait dans son diocèse le dialogue avec tous », vivait cette « Eglise pauvre avec les pauvres » dont le pape parle si souvent.Nous publions notre traduction de son intervention, avec son aimable autorisation, à l'occasion des six premiers mois de pontificat.

Conférence du prof. Carriquiry (seconde partie)

Aujourd'hui, nous avons un seul pape, François, protagoniste d'une Église qui, par la grâce de Dieu, s'auto-réforme dans sa tête et dans ses membres. Le pontificat de Benoît XVI, qui a été pour cet homme saint, humble et sage, une sorte de chemin de croix, dans le climat tendu et dramatique de la vie ecclésiale, cède le pas à l'explosion de joie et d'espérance inattendue mais désirée, du pontificat du pape François, surprise de l'Esprit-Saint qui sait quand et comment provoquer un sursaut chrétien dans les âmes. L'extraordinaire renonciation du pape allemand « pour le bien de l'Église » acquiert une nouvelle lumière avec le pontificat du pape argentin. Si Benoît XVI est devenu dramatiquement conscient, dans son dialogue face à face avec Dieu, de son manque de forces pour affronter les devoirs et les décisions nécessaires, sa liberté et son humilité – la conscience que c'est Dieu, et non le pape, qui conduit son Église ! – prépare le chemin afin que le timon de la barque de Pierre soit pris par celui qui, par la grâce de Dieu, est capable de le faire dans des conditions meilleures et surprenantes. Après le saint maître, le saint pasteur, un père proche de son peuple. La plus grande théologie « ratzingerienne » qui est un magistère riche pour l'Église d'aujourd'hui et de demain, cède le pas à la prédication vécue d'un Évangile « sans glose » qui en est la source. La solide formation théologique et philosophique du pape jésuite se fait essentialité évangélique dans sa « grammaire de la simplicité », un élan renouvelé et une fraicheur apostolique dans sa façon d'être parmi les gens – jamais détaché, jamais réfugié dans la rhétorique des « principes » - avec des gestes plein d'affection, de consolation, de tendresse. Imprévu et imprévisible, comme l'écrit l'évêque et ami Massimo Camisasca – parce que toujours à la recherche, guidée par Dieu et par son expérience pastorale, de nouvelles voies pour rejoindre les hommes qui sont en face de lui. Et les personnes sont touchées parce qu'elles se sentent embrassées par une miséricorde mystérieuse et débordante. Le pape François préfère la médecine de la miséricorde à la rigueur d'un comportement sévère et qui juge. « Dieu pardonne toujours, il pardonne tout. C'est nous, répète-t-il, qui nous lassons de nous faire pardonner. D'où la nécessité de la prière, humble, forte, courageuse, pour que Jésus puisse faire le miracle du changement dans notre vie ».
C'est une révolution évangélique. Après les dévastations humaines auxquelles ont abouti les Révolutions, avec un « R » majuscule, selon la mythologie de l'athéisme messianique, seule l'Église peut recommencer à parler de révolution en vérité, disait mon maître Alberto Methol Ferré dans son livre-entretien rédigé avec son ami Alver Metalli. Il semble que le pape Benoît XVI l'ait écouté, lui qui a parlé ensuite d'une « révolution de l'amour », du christianisme comme de « la mutation la plus radicale de l'histoire. La « révolution de la grâce » dit maintenant le pape François, parce que c'est la seule qui change ontologiquement l'homme, le sujet de l'histoire. « Se mettre dans le courant de la révolution de la foi », a-t-il dit aux trois millions de jeunes à Copacabana, les invitant à être révolutionnaires parce que à contre-courant d'une culture qui génère la « confusion sur le sens de la vie, la désintégration personnelle, la perte de l'expérience d'appartenir à un « nid », l'absence de foyer et de liens profonds ».
Le pape François nous appelle à la conversion, en nous confiant à la grâce, pour être libérés des idoles et acquérir de nouveau la vraie liberté. Cette révolution de la grâce est le fruit de la rencontre avec le Christ, comme il ne cesse d'enseigner et d'y inviter, et non l'exaltation de la volonté (le pélagianisme !) ou la simple sagesse humaine (la gnose !). C'est la source de la mission : communiquer le don de la rencontre avec le Christ, « d'un débordement d'allégresse et de gratitude » (comme on le lit dans le document d'Aparecida). « Sortir » est le verbe le plus fréquemment utilisé par le nouveau pape : sortir de notre autosuffisance, sortir de l'auto-référentialité, sortir des « petites églises » où l'on se complait entre soi, sortir vers les périphéries existentielles où la vie des hommes est en jeu. Nous ne pouvons pas ne pas nous poser les questions que le pape François se posait à lui-même et qu'il adressait aux évêques brésiliens : « Le mystère difficile de ceux qui quittent l'Église ; des personnes qui, après s'être laissées illusionner par d'autres propositions, retiennent que désormais l'Église (...) ne peut plus offrir quelque chose de significatif et d'important. (...) Peut-être l'Église est-elle apparue trop faible, peut-être trop éloignée de leurs besoins, peut-être trop pauvre pour répondre à leurs inquiétudes, peut-être trop froide dans leurs contacts, peut-être trop autoréférentielle, peut-être prisonnière de ses langages rigides, peut-être le monde semble avoir fait de l'Église comme une survivance du passé, insuffisante pour les questions nouvelles ». Ces questions sont comme l'écho de celle, dévorante, d'Eliot dans le cœur de « La Rocca », souvent reprise par don Giussani : « C'est l'humanité qui a abandonné l'Église ? » ou « c'est l'Église qui a abandonné l'humanité ». « Il faut une Église, poursuivait le pape, qui n'a pas peur d'entrerdans leur nuit, (...) capable de les rencontrer surleur route, (...) en mesure de s'insérer dans leurs conversations, (...) de tenir compagnie (...), capable de réchauffer le cœur, de réaccompagner à la maison, (...) de réveiller l'enchantement » pour la beauté de la foi.
Mon cher ami Lucio Brunelli a raison lorsqu'il écrit que l'originalité du pontificat est d'être « le pape de ceux qui sont loin, le bon pasteur des quatre-vingt-dix-neuf brebis qui ont quitté l'enclos » et il n'y a pas d'action ou de parole du pape François qui n'ait cet horizon, ce cœur missionnaire ».
Voilà le véritable changement que l'Esprit est en train de susciter aujourd'hui dans la vie de l'Église, ouvrant d'immenses possibilités d'évangélisation. C'est une transformation qui ne passe pas d'abord par des changements dans l'équipe du gouvernement et des structures de l'Église, ni par les interventions au IOR (l'Institut pour les œuvres de religion, ndlr) ou d'autres initiatives de transparence et de nettoyage, ni par le démontage de l'appareil pompeux de représentation et de sécurité. Tout ceci est bien sûr indispensable pour que la liberté et l'exemplarité du pape se manifestent aussi comme une libération de ce qui alourdit la curie. Il est nécessaire de libérer la foi des incrustations mondaines pour la rendre à nouveau attirante. Certes, comme l'écrit l'excellent Socci, déjà ses prédécesseurs « ont initié un démantèlement progressif de la pesanteur royale de la Curie. Jean-Paul II préférait rester sur les routes du monde plutôt qu'au Vatican. Et Benoît XVI a lancé des flèches contre le carriérisme, le cléricalisme, les mondanités, les divisions, les ambitions de pouvoir (...) qui salissent l'Église ». Maintenant le pape François réalise ce que son prédécesseur a si souvent demandé, et même plus... Tout cela fait partie de la « révolution évangélique » qui marque la profonde mutation « de la manière même d'être pape ».
Une dernière remarque : l'encyclique « Lumen fidei » est un geste d'une extraordinaire reconnaissance et humilité de la part du pape François. Bien que la majeure partie du texte soit de l'évêque émérite de Rome, le pape François l'a complétée, lui a donné son unité et l'a signée comme la première encyclique de son pontificat. Et c'est beau qu'il en soit ainsi parce que le Magistère de Benoît XVI mais aussi de tous ses prédécesseurs n'est pas d'« hier » mais il est contemporain à l'aujourd'hui de l'Église. Mais en même temps, il semble très important que la lecture de cette encyclique ne s'enferme pas dans des herméneutiques et des exégèses de la pensée « ratzingerienne », d'une façon un peu « rétro », mais qu'elle soit lue surtout à la lumière de l'avènement du pontificat du pape François, des perles de ses homélies quotidiennes, de ses catéchèses, de ce « sortir » missionnaire pour partager la lumière de la foi à tous les peuples. Aujourd'hui la lumière de la foi resplendit grâce au témoignage, aux paroles, aux silences et aux gestes du pape François et elle illumine ce temps de grâce et d'espérance que nous sommes en train de vivre.
Prions pour le pape François !
Traduction Hélène Ginabat

UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DU PAPE FRANÇOIS


Cité du Vatican, 20 septembre 2013 (VIS). Le Pape François a accordé une interview diffusée en plusieurs langues par 17 revues de la Compagnie de Jésus. Elle est le résultat de plus de six heures d'entretien en août avec le P.Antonio Spadaro, SJ, Directeur de Civiltà Cattolica. Au long de trente pages, le Pape parle très librement de lui, de sa vie et de son parcours de jésuite puis d'évêque. Il y évoque aussi ses goûts culturels et artistiques (Dostoïevski et Holderin, Borges et Cervantes, Le Caravage et Chagall, Fellini pour La Strada, Rossellini, ou bien le film Le festin de Babette, Mozart et Wagner, sa Tétralogie principalement): Je ne sais pas, dit-il, "quelle est la définition la plus juste" de moi: "Je suis un pécheur. C'est la définition la plus juste. Ce n'est pas une manière de parler, ni un genre littéraire: Je suis un pécheur... Ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions m'a conduit à avoir de sérieux problèmes et à être accusé d'ultra-conservatisme". Or "je crois que la consultation est essentielle. Les consistoires ou les synodes sont, par exemple, des cadres importants pour rendre vraie et active cette consultation. Il est cependant nécessaire de les rendre moins rigides dans leur forme".
"Nombreux sont ceux qui pensent que les changements et les réformes peuvent advenir dans un temps bref. Je crois au contraire qu'il y a toujours besoin de temps pour poser les bases d'un changement réel et efficace. La sagesse du discernement compense l'inévitable ambiguïté de la vie et fait trouver les moyens les plus opportuns, qui ne s'identifient pas toujours avec ce qui semble grand ou fort... Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l'Eglise aujourd'hui c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l'Eglise comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s'il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. Soigner les blessures, soigner les blessures. Il faut commencer par le bas. L'Eglise s'est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important et la première annonce est: Jésus-Christ t'a sauvé! Le peuple de Dieu veut des pasteurs et pas des fonctionnaires... Au lieu d'être simplement une Eglise qui accueille et qui reçoit portes ouvertes, efforçons-nous d'être une Eglise qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d'elle-même et d'aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s'en est allé ou qui est indifférent. Il faut toujours considérer la personne, car nous entrons dans le mystère de l'homme". Ceci vaut en particulier dans le cas des divorcés remariés ou des personnes homosexuelles. "Dans la vie de tous les jours, Dieu accompagne chacun et nous avons le devoir d'accompagner toutes personnes sans tenir compte de leur condition. Il faut accompagner avec miséricorde".
"Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, en sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire ne peut être obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines à imposer avec insistance. Nous devons donc trouver un nouvel équilibre" de manière à ce que "l'annonce évangélique soit plus simple, plus profonde et irradiante. C'est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales... Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes. Aujourd'hui l'enjeu est de réfléchir à la place précise des femmes, aussi là où s'exerce l'autorité dans les différents domaines de l'Eglise".
Le concile "Vatican II fut une relecture de l'Evangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l'Évangile lui-même. Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la liturgie. Le travail de la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l'Evangile à partir d'une situation historique concrète. Il y a certes des lignes herméneutiques de continuité ou de discontinuité, pourtant une chose est claire : la manière de lire l'Évangile en l'actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible. Il y a ensuite des questions particulières comme la liturgie selon le Vetus Ordo. Je pense que le choix du Pape Benoît fut prudentiel, lié à l'aide de personnes qui avaient cette sensibilité particulière. Ce qui est préoccupant, c'est le risque d'idéologiser le rite ancien, de l'instrumentaliser... Chercher Dieu dans le passé ou dans le futur est une tentation. Dieu est certainement dans le passé, parce qu'il est dans les traces qu'il a laissées. Et il est aussi dans le futur comme promesse. Ceci dit le Dieu concret pour ainsi dire, est dans le présent. C'est pourquoi les lamentations ne nous aideront jamais à trouver Dieu. Les lamentations qui dénoncent un monde barbare finissent par faire naître au sein de l'Eglise des désirs d'un ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non, Dieu se rencontre dans l'aujourd'hui".
Pour accéder au texte complet: http: // www.revue-etudes.com

Lire  le texte integral de l'interview exclusif publie dans la revue jesuite La Civilta Cattolica
http://newsletter.revue-etudes.com/TU_Septembre_2013/TU10-13.pdf


Le pape François livre sa pensée sur des sujets brûlants de société | La Provence

Le pape François livre sa pensée sur des sujets brûlants de société

Par Jean-Louis DE LA VAISSIERE
Cité du Vatican (AFP) - Le pape François a livré le fond de sa pensée jeudi sur des thèmes brûlants de société, en recommandant la "miséricorde" pour les homosexuels, les divorcés et les femmes ayant avorté : sans changer les conceptions catholiques, il a invité à "accompagner" les personnes dans leur cheminement et leur complexité.
Les homosexuels et les divorcés doivent être "accompagnés" "avec miséricorde" et "à partir de leurs conditions" de vie réelles". Et "il faut toujours considérer la personne", car "nous entrons ici dans le mystère de l'homme", souligne Jorge Bergoglio dans sa toute première interview, accordée à la revue jésuite "Civilta Cattolica".
L'avortement est évoqué par un exemple : "je pense à cette femme qui avait subi l'échec de son mariage pendant lequel elle avait avorté : elle s'est ensuite remariée et elle vit à présent sereine avec cinq enfants. L'avortement lui pèse énormément et elle est sincèrement repentie. Elle aimerait aller plus loin dans la vie chrétienne. Que fait le confesseur", demande-t-il, l'invitant clairement au pardon.
"Nous devons trouver un nouvel équilibre, sinon l'édifice moral de l'Eglise risque de s'écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l'Evangile", ajoute-t-il.
Selon le pape, "la chose dont a le plus besoin l'Eglise aujourd'hui c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité".
Le premier pontife jésuite de l'Histoire compare encore l'Eglise à "un hôpital de campagne après une bataille". "Inutile de demander à un blessé grave s'il a du cholestérol ou si son taux de glycémie est trop élevé! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste".
Le pape revient avec plus de précisions sur beaucoup de thèmes abordés de manière improvisée dans sa conférence de presse à bord de l'avion qui le ramenait de Rio, le 29 juillet dernier. Soigneusement pesée, l'interview a été réalisée en août et diffusée simultanément jeudi par une quinzaine de revues jésuites dans le monde.
Revenant sur la phrase désormais célèbre prononcée dans l'avion "Qui suis-je pour juger?" au sujet des homosexuels, François confie avoir reçu à Buenos Aires des lettres de personnes homosexuelles, qui sont des "blessés de la société".
Ces homosexuels "se considèrent depuis toujours comme condamnés par l'Eglise, observe-t-il, avant d'ajouter: "mais ce n'est pas ce que veut l'Eglise. J'ai dit que, si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu'elle est en recherche de Dieu, qui suis-je pour la juger?".
"Disant cela, j'ai dit ce que dit le catéchisme" de l'Eglise catholique, insiste-t-il comme pour répondre aux critiques fustigeant une trop grande ouverture.
François, critiqué par les conservateurs sur le fait qu'il n'emploie pas directement les mots avortement ou mariage homosexuel, s'explique: l'Eglise "ne peut insister seulement sur les questions liées à l'avortement, au mariage homosexuel et à l'usage des méthodes contraceptives. Je n'ai pas beaucoup parlé de ces choses, et cela m'a été reproché. Quand on en parle, il faut en parler dans un contexte précis".
Le confessionnal "n'est pas une salle de torture", estime encore François, en renvoyant dos-à-dos les confesseurs "trop rigides" ou "trop laxistes".
Concernant le rôle des femmes dans l'Eglise, il juge "nécessaire d'agrandir les espaces pour une présence féminine plus marquante" tout en disant craindre un "machisme en jupe" dans une critique explicite d'un certain féminisme.
Revenant sur son passé en Argentine, Bergoglio explique qu'il n'a "jamais été de droite" mais que son "mode autoritaire de prendre des décisions lui a créé des problèmes" quand il était responsable des jésuites à Buenos Aires.
Il avait seulement 36 ans quand il est devenu "provincial" des jésuites : "il s'agissait d'affronter des questions difficiles, et je prenais mes décisions de manière brusque et personnelle", admet-il. Bergoglio avait été provincial avant et au début des années de la dictature en Argentine et avait eu des différends avec d'autres jésuites.
"J'ai vécu une époque de profondes crises intérieures", reconnaît-il encore.
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Pour le pape, l'Eglise doit renoncer à son "obsession" du dogme - Le Nouvel Observateur

Tres interessant a savoir:
Pour le pape, l'Eglise doit renoncer à son "obsession" du dogme
Le pape François - ici avec le Premier ministre lituanien Algirdas Butkevicius au Vatican - invite l'Eglise catholique à ne plus être "obsédée" par une volonté d'imposer ses doctrines sur l'avortement, la contraception ou l'homosexualité, sous peine de voir sa stature morale s'effondrer "comme un château de cartes". /Photo prise le 19 septembre 2013/REUTERS/Tiziana Fabi/Pool  (c) Reuters
par Philip Pullella
CITE DU VATICAN (Reuters) - Le pape François invite l'Eglise catholique à ne plus être "obsédée" par une volonté d'imposer ses doctrines sur l'avortement, la contraception ou l'homosexualité, sous peine de voir sa stature morale s'effondrer "comme un château de cartes".
Dans un entretien accordé à Civilta Cattolica, la revue des jésuites italiens, le successeur de Benoît XVI déplore que l'Eglise se soit "parfois laissée enfermer dans de petites choses, de petits préceptes" et l'invite à retrouver "la fraîcheur de l'Evangile".
Les prêtres, dit-il, doivent être accueillants, capables avant tout de "soigner les plaies et réchauffer les coeurs des fidèles", et non ressembler à des fonctionnaires dogmatiques enfermés dans des confessionnaux qui ressemblent parfois à des "salles de torture".
Premier souverain pontife non européen depuis 1.300 ans, et premier jésuite à monter sur le trône du Vatican, le pape François ne promet pas un changement rapide de doctrine morale, mais il invite l'Eglise à trouver un équilibre entre la défense du dogme et la compassion humaine.
"Nous ne devons pas réduire le coeur de l'Eglise universelle à un nid protecteur de notre médiocrité", assène-t-il dans ce long entretien, salué par les catholiques libéraux mais qui risque d'accroître le malaise des conservateurs qui lui reprochaient déjà de trop s'éloigner de la ligne de son prédécesseur.
"DIEU NOUS A CRÉÉS LIBRES"
Parmi les ruptures les plus marquantes avec Benoît XVI, le pape François appelle les prêtres à "toujours prendre en considération la personne" lorsqu'ils sont sollicités par des homosexuels ou des divorcés-remariés.
Aux homosexuels qui lui disaient se sentir "blessés" d'être toujours rejetés par l'Eglise, l'ancien cardinal Bergoglio raconte au directeur de la revue, le père jésuite Antonio Spadaro, qu'il leur répondait que "ce n'est pas ce que veut l'Eglise".
Comme il l'avait déclaré dans l'avion qui le ramenait des Journées mondiales de la jeunesse au Brésil, en juillet, le souverain pontife insiste sur le fait qu'il n'a pas à porter un jugement sur les homosexuels qui cherchent Dieu avec sincérité.
"En disant cela, je dis ce que le catéchisme dit. La religion a le droit d'exprimer son opinion au service des gens, mais Dieu nous a créés libres. On ne peut pas interférer spirituellement dans la vie d'une personne."
François exprime également le souhait de voir les femmes jouer un plus grand rôle au sein de l'Eglise, sans toutefois aller jusqu'à envisager l'ordination de femmes prêtres.
"Le génie féminin est nécessaire dans les lieux où se prennent des décisions importantes", dit-il.
Souhaitant voir l'Eglise catholique "soigner les blessures de la société" plutôt que de rester "obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines qu'il faudrait imposer avec insistance", François invite les chrétiens à se tourner vers l'avenir davantage que vers le passé.
"LE PAPE SAUVE L'ÉGLISE"
"Ceux qui tendent de façon exagérée vers la sécurité doctrinale, qui veulent obstinément retrouver le passé perdu, ont une vision statique et qui n'évolue pas. Et de cette façon, la foi devient une idéologie parmi d'autres", met-il en garde.
Cet entretien, beaucoup moins formel que ceux des papes précédents, a été reçu avec enthousiasme par les catholiques les plus libéraux.
"Ce pape est en train de sauver l'Eglise de ceux qui pensent que la condamnation des homosexuels et l'opposition à l'avortement sont ce qui définit un vrai catholique", a réagi John Gehring, directeur de programme à Faith in Public Life (Centre pour la foi dans la vie publique), un groupe de pression américain.
"François place un message de miséricorde, de justice et d'humilité au centre de la mission de l'Eglise. C'est un changement remarquable et revigorant."
Aux conservateurs, qui lui ont notamment reproché de ne pas s'être exprimé sur l'avortement depuis son élection, le pape répond qu'il ne remet pas en cause le dogme, mais qu'il y a bien d'autres sujets que l'Eglise et lui-même se doivent d'aborder.
"Nous ne pouvons pas nous contenter de parler des sujets liés à l'avortement, au mariage gay ou aux méthodes contraceptives", insiste-t-il.
"Je n'en ai pas beaucoup parlé, et on me l'a reproché. Mais quand nous abordons ces sujets, il faut le faire dans un contexte. Les enseignements de l'Eglise en la matière sont clairs, et je suis un fils de l'Eglise, mais il n'est pas nécessaire de parler de ces sujets tout le temps."
Tangi Salaün pour le service français


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François et ses coups de fil surprises: “Allo ui cer le pape”

Le pape François est un adepte des coups de fil surprise. Une manière pour ce Saint-père, décidément bien moderne, de garder le lien avec le peuple.
"Allo, Michele? C'est le pape François". L'Italien lâche le combiné. Hein? Comment ça le pape? "J'ai reçu ta lettre". Michele croit d'abord à une mauvaise blague. Il a bien écrit une lettre au pape après le meurtre de son frère en juin dernier, mais de là à ce que le Saint-père lui passe un coup de fil… "Personne ne savait à propos de cette lettre, ni ma mère, ni ma femme, raconte t-il encore étonné au New York Times. Ça ne pouvait être que lui". S'ensuit une discussion d'une dizaine de minutes où François le réconforte, lui conseillant d'affronter la vie avec espoir. "Bien sûr, ma souffrance est encore présente, mais quelle sensation c'était d'entendre sa voix", confie Michele.
Le mois dernier, François a appelé une Italienne enceinte dont le copain marié a tenté de la faire avorter. Cette femme divorcée, future mère célibataire, a écrit au pape de peur que sa nouvelle situation la mette aux prises avec l'église. Sur l'enveloppe quatre mots : "Pape François, Vatican, Rome". L'entretien s'est si bien passé que le pape a déclaré qu'il baptiserait personnellement le bébé l'année prochaine. Même coup de fil pontifical pour une Argentine violée par un agent de police, au cours duquel le pape lui a assuré de faire confiance au système judiciaire de Buenos Aires.
Une hotline à Buenos Aires dès 1992
"Et encore, les journalistes ne savent pas combien de gens j'appelle tous les jours!" Depuis son élection en mars, le pape François appelle tout le monde : son cordonnier, son vendeur de journaux, les grands-mères de la Place-de-Mai, la famille d'un entrepreneur et d'un pompiste assassinés… De quoi faire les choux gras de la presse italienne, qui n'hésite pas à relayer le moindre contact direct.
Étonné par cette répercussion médiatique, le pape a confié au directeur de la télévision du Vatican, Dario Vigano, qu'il passe des coups de fil quotidiens depuis 1992. Alors archevêque à Buenos Aires, il avait mis en place une hotline pour ses prêtres qui pouvaient l'appeler chaque matin de 7h à 9h.
"Dès que je reçois une lettre d'un prêtre qui a des problèmes, d'une famille ou d'un prisonnier, je réponds, s'est justifié le pape auprès de Mgr Vigano. Il y en a à qui j'envoie une lettre, d'autres que j'appelle directement. C'est plus facile d'appeler d'ailleurs, pour écouter le problème et parfois suggérer une solution". Bref, rien d'anormal, bien au contraire. "Il m'a même appelé pour me souhaiter mon anniversaire", rajoute Vigano.
Un pasteur "pénétré de l'odeur de ses brebis"
"La chose dont a le plus besoin l'Église aujourd'hui, c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité", résume le pape dans une interview à la revue jésuite Civilta Cattolica. Pour le pape François, les prêtres doivent être des pasteurs "au milieu de leur troupeau", "pénétrés de l'odeur de leurs brebis". Un mantra à l'encontre de ce qui avait été la politique du Vatican, plus prompte à excommunier qu'à embrasser.
Reste que cette pratique du coup de fil soudain connaît déjà des dérives, à commencer par les imposteurs qui se font passer pour François. Rien que la première semaine de septembre, le pape aurait appelé Bachar Al-Assad pour lui demander plus de souplesse face à une possible intervention américaine en Syrie ; ou encore il aurait appelé Christopher, un jeune homosexuel toulousain victime d'homophobie. Deux appels démentis par le père Federico Lombardi, directeur de la communication du Vatican.
Les conseillers du Vatican mettent également en garde contre les espoirs déçus de ceux qui attendent près de leur téléphone. "Il y a un nombre incalculable de gens qui souffrent, qui subissent des injustices, et qui écrivent au pape pour trouver un peu de réconfort, pointe l'historien Alberto Melloni, directeur de l'institut de recherche Jean XXIII. "Ils pourraient se dire, "voilà, je me sens affreusement mal et le pape m'a même pas appelé". Vivement la hotline du Vatican.


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السبت، 21 سبتمبر 2013

Le jour où la vie de Jorge Mario Bergoglio a basculé


Ou la miséricorde de la Saint-Matthieu
Anita Bourdin
ROME, 21 septembre 2013 (Zenit.org) - Un jour, la vie de Jorge Mario Bergoglio a basculé. Mais ce n'est pas le jour de son élection comme Successeur de Pierre, le 13 mars 2013. Elle a basculé 60 ans plus tôt : il avait dix-sept-ans. Saint Matthieu semble y être pour quelque chose. Et un prêtre qui, à son insu, était la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Ce fut la « stupeur d'une rencontre ».
Les yeux de Jésus
Dans son interview avec le P. Antonio Spadaro s.j., publié dans Etudes, il y a deux jours, le pape François parle justement de saint Matthieu. Une musique qui l'habite. Le poignant « Erbarme Dich » (« Aie pitié de moi »), la plainte de Pierre dans la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach.
Et un tableau qui parle au coeur : l'appel de saint Matthieu, par le Caravage. « Venant à Rome, confie-t-il, j'ai toujours habité rue de la Scrofa. De là, je visitais souvent l'église de Saint-Louis-des-Français, et j'allais contempler le tableau de la vocation de Saint Matthieu du Caravage. (…) Ce doigt de Jésus... vers Matthieu. C'est comme cela que je suis, moi. C'est ainsi que je me sens, comme Matthieu. (…) C'est le geste de Matthieu qui me frappe : il attrape son argent comme pour dire : "Non, pas moi ! Non, ces sous m'appartiennent !" Voilà, c'est cela que je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux. C'est ce que j'ai dit quand on m'a demandé si j'acceptais mon élection au pontificat. »
La fête de saint Matthieu une date dans la vie de Jorge Mario Bergoglio, comme il l'a confié dans ses conversations avec Francesca Ambrogetti et Sergio Rubin (« Je crois en l'homme. Conversations avec Jorge Bergoglio », Flammarion, 2013), et comme le rappelle sa sœur, Maria Elena, lorsqu'elle est interrogée par des journalistes. Le pontificat était en jeu, rétrospectivement, ce jour-là.
J'ai compris qu'on m'attendait
Un épisode décisif : « C'était un 21 septembre, et comme beaucoup de jeunes gens, Jorge Bergoglio allait sur ses dix-sept ans et se préparait à fêter le Jour de l'Etudiant avec ses compagnons. Il décida de commencer la journée en allant faire un tour jusqu'à sa paroisse. C'était alors un jeune catholique pratiquant qui fréquentait l'église de San José, dans le quartier Flores, à Buenos Aires. En arrivant, il tomba sur un curé qu'il ne connaissait pas. Sentant qu'il émanait de sa personne une forte spiritualité, il décida de se confesser à lui. Peu après, il comprit que cette confession avait été exceptionnelle, qu'elle avait stimulé sa foi. Elle lui avait même permis de percevoir des signes de la vocation religieuse, si bien qu'il décida de ne pas se rendre à la gare ferroviaire pour retrouver ses amis. Il rentra chez lui avec une conviction : il voulait… il devait devenir prêtre. Ce fut une immense grâce, dont il avait bénéficié de façon imprévue. Il l'explique ainsi : « Lors de cette confession il m'est arrivé une chose curieuse, je ne sais ce que c'était, mais cela a changé ma vie. Je dirais que j'ai été surpris alors que je baissais la garde », dit-il plus d'un demi-siècle plus tard. Aujourd'hui, Bergoglio interprète ainsi l'épisode : « Ce fut la surprise, la stupeur d'une rencontre. J'ai compris qu'on m'attendait. C'est ce qu'on appelle l'expérience religieuse : la stupeur de se trouver devant quelqu'un qui vous attend. A partir de là, pour moi, Dieu a été celui qui « m'a trouvé en premier ». Je le cherche, mais Lui aussi me cherche. Je désire le trouver, mais Lui « me trouve en premier ». Jorge Bergoglio ajoute que ce ne fut pas seulement la « stupeur de la rencontre » qui éveilla sa vocation religieuse, mais le ton miséricordieux avec lequel Dieu l'a interpellé, un ton qui deviendrait, avec le passage du temps, la source d'inspiration de son ministère » (op. cit. pp. 43-44).
Cette semaine encore, dans un tweet sur son compte @Pontifex_fr, il a posté ce message : « Nous sommes tous pécheurs, mais nous vivons la joie du pardon de Dieu et nous marchons, confiants dans sa miséricorde » (jeudi 19 septembre 2013). Ces tweets sont de véritables pépites de direction spirituelle. En père spirituel, le pape y livre sa propre expérience.
Regarder tout homme avec miséricorde
Dans son entretien avec son confrère jésuite, juste avant d'évoquer le Matthieu du Caravage, il commente sa devise épiscopale et pontificale : « Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard (…). Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur. Ma devise, Miserando atque eligendo, je l'ai toujours ressentie comme profondément vraie pour moi. Le gérondif latin miserando me semble intraduisible tant en italien qu'en espagnol. Il me plaît de le traduire avec un autre gérondif qui n'existe pas : misericordiando (en faisant miséricorde). »
Puis il a vécu des années de solitude intérieure avant de prendre la décision de rejoindre la Compagnie de Jésus, à vingt-et-un ans. Son père a approuvé son choix. Il en a été heureux. Sa mère a mis des années avant d'accepter sa décision. Il était l'aîné, il était trop jeune, cela allait trop vite. Elle ne vint jamais au séminaire. Mais le jour de son ordination sacerdotale, elle s'est agenouillée devant lui pour recevoir sa bénédiction.
Sa grand-mère lui a dit quant à elle : « Bien, si Dieu t'appelle, béni sois-tu ». Puis, préservant sa liberté, elle a ajouté : « Je te prie de ne pas oublier que les portes de la maison sont toujours ouvertes et que personne ne te reprochera quoi que ce soit si tu décides de revenir ».
On entend comme un écho des paroles de cette sainte grand-mère quand le pape affirme que « l'Eglise ne ferme jamais la porte » (Zenit du 18 septembre 2013).
Dans « Je crois en l'homme », le cardinal Bergoglio évoque Matthieu et sa devise, là aussi en père spirituel qui transmet son expérience: « La vocation religieuse est un appel de Dieu destiné à un cœur qui l'attend, consciemment ou inconsciemment. J'ai toujours été impressionné par la lecture du bréviaire qui dit que Jésus regarda Matthieu avec une attitude qui, traduite donnerait quelque chose comme : « Avec miséricorde et le choisissant ». C'est exactement la façon dont j'ai senti que Dieu m'a regardé lors de cette confession. Et c'est ainsi qu'il me demande de regarder autrui : avec une grande miséricorde et comme si je choisissais pour Lui, en n'excluant personne, parce que tout le monde est un élu de l'amour de Dieu. « Avec miséricorde et en le choisissant » fut la phrase qui a accompagné ma consécration comme évêque et c'est un des pivots de mon expérience religieuse : la miséricorde, et le choix des personnes en fonction d'un dessein. Dessein que l'on pourrait synthétiser de cette façon : « Ecoute, toi, on t'aime par ton nom, tu as été choisi, et la seule chose qu'on te demande, c'est de te laisser aimer ». Voilà le dessein qui m'a été confié » (op. cit. pp. 48-49).
C'est jour anniversaire aujourd'hui pour le pape François. Il y a soixante ans, la « confession de sa vie » a embarqué un jeune de dix-sept-ans. Il a compris qu'il était « attendu », qu'un regard se posait sur lui avec miséricorde, et le rendait à son tour capable de miséricorde. Plus encore, lui confiait une mission de miséricorde. C'est peut-être cela que perçoivent les foules, place Saint-Pierre, et les media dans les propos de l'interview du père Spadaro : le « ton » de miséricorde du 21 septembre, à San José de Buenos Aires.

Les questions que pose l'interview du pape François


20/9/2013-Les questions que pose l'interview du pape François

Le pape François, en juin dernier.
ANALYSE - L'interview accordée par le Pape François aux revues jésuites pose beaucoup de questions sur sa conception de la morale catholique, de l'autorité papale, ou encore son rapport aux traditionalistes.

François brade-t-il la morale catholique?

«Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l'avortement, au mariage homosexuel et à l'utilisation de méthodes contraceptives. Ce n'est pas possible.» Par ces mots, le Pape rompt avec un logiciel pastoral de l'Église catholique qui a dominé les quatre dernières décennies. Et c'est la grande nouveauté de cet entretien. Les questions d'éthiques sexuelles semblaient être devenues un passage obligé pour entrer dans la communauté catholique. Mais la porte était tellement étroite que ces sujets formaient «Le» repoussoir par excellence éloignant le plus grand nombre.
Le nouveau pape confie qu'on lui a déjà «reproché» de ne pas suffisamment évoquer «ces choses». Il pense qu'il «n'est pas nécessaire d'en parler en permanence». Il affirme même que l'on ne doit pas être «obsédé» par ces sujets. Certes, il n'entend pas brader la morale catholique - «nous la connaissons et je suis fils d'Église» - mais il définit comme jamais depuis son élection, une nouvelle politique pastorale: «L'annonce de l'amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l'obligation morale et religieuse. Aujourd'hui, il semble que prévaut l'ordre inverse.»
L'enjeu? «Trouver un nouvel équilibre» sans quoi «l'édifice moral de l'Église risque lui aussi de s'écrouler comme un château de cartes.» Avec des applications pratiques immédiates: il confirme dans l'entretien trois mains tendues, déjà exprimées ces derniers mois, vis-à-vis des homosexuels, des divorcés remariés et des femmes ayant vécu un avortement.

• François prend-il ses distances avec la «droite»?

«Je n'ai jamais été droite». On ne peut être plus clair même si la traduction officielle française effectuée par la revue jésuite Études , est ambiguë voire inexacte. Elle traduit «je n'ai jamais été conservateur» alors que l'édition matrice, italienne, mais aussi espagnole et anglaise utilisent toutes le mot «droite». Un Pape doit être au dessus des partis, politiques en particulier.
Mais il est clair que son mode de vie dépouillé (refus de l'appartement pontifical, mépris pour les voitures de luxe, simplification de sa sécurité), son insistance sur la pauvreté, son encouragement à l'accueil des immigrés (son voyage sur l'île de Lampedusa, sa visite récente à un centre de Rome) son ouverture explicite à l'islam (près d'une dizaine d'interventions en ce sens depuis six mois), traduisent une sensibilité qui, objectivement, n'est pas de droite. En cela, il heurte beaucoup de fidèles dans l'Église, notamment en Occident, même s'il rassure beaucoup dans les pays du sud.
Cela dit, dans ce passage de l'interview cette citation s'adresse aussi à ses confrères jésuites. François veut les impliquer dans son pontificat. Des frères qui l'avaient d'ailleurs mis à l'écart en Amérique Latine lui reprochant son «ultra-conservatisme» avant que Jean-Paul II ne le sorte de l'ombre en le nommant évêque. Une erreur de jeunesse, raconte François dans l'interview qui était liée à «ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions». Un point sur lequel il affirme s'être corrigé depuis.

• François affaiblit-il l'autorité papale?

«Maintenant j'entends quelques personnes me dire "ne consultez pas trop, décidez". Au contraire, je crois que la consultation est essentielle.» Le pape François confirme sa remise en cause d'un système de gouvernement très centralisé et pyramidal en vigueur sous le pontificat de Jean-Paul II et qui s'est renforcé sous Benoît XVI parce que la curie romaine avait pris le dessus.
François ouvre trois fronts de réforme: la façon même d'exercer le pouvoir papal, «je veux poursuivre la réflexion sur la manière d'exercer le primat de Pierre» ; le fonctionnement de la curie romaine, «les dicastères romains sont des médiateurs et non des gestionnaires» ; la façon de prendre les grandes décisions.
Sur ce dernier point il va s'inspirer de l'Église orthodoxe pour «apprendre davantage sur le sens de la collégialité épiscopale et sur la tradition de la synodalité.» Il s'agit, en clair, de retrouver dans l'Église catholique ce qu'elle a abandonné au fil des siècles, une direction «collégiale» et «synodale» où les cardinaux et les évêques ont voix au chapitre pour les décisions importantes.
Ce qui est une rupture avec l'actuelle pratique d'un cercle de hauts conseillers qui préparent les décisions pour le Pape. Ce qui est une application stricte - mais jamais mise en œuvre - de ce que prévoyait le Concile Vatican II. Beaucoup dans l'Église s'opposeront à cette réforme qui, de facto, affaiblit l'autorité du Pape même si celle-ci dépend également de sa personnalité et de son aura médiatique.
François explique enfin que le bon gouvernement demande du «discernement» et qu'il «requiert du temps» car il se méfie des «décisions prises de manière improvisée». Et il avance cette maxime: «La première réforme doit être celle de la manière d'être.»

• François tourne-t-il le dos à la mouvance traditionaliste?

François ne donne pas d'importance à la liturgie, c'est-à-dire, la façon de célébrer la messe. Mais son pontificat est déjà en fort contraste sur ce point avec celui de Benoît XVI, marqué par l'échec d'une main tendue jusqu'au bout aux Lefebvristes et par une orientation doctrinale et liturgique où la sensibilité traditionaliste catholique se sentait parfaitement à l'aise.
Trois passages de l'interview indiquent un changement de cap radical, exprimé sans prendre de gants: «Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s'il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d'ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd'hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la "sûreté" doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d'autres.»
Il ajoute: «Si quelqu'un dit qu'il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu'il n'y a aucune marge d'incertitude, c'est que quelque chose ne va pas. C'est pour moi une clé importante. Si quelqu'un a la réponse à toutes les questions, c'est la preuve que Dieu n'est pas avec lui, que c'est un faux prophète qui utilise la religion à son profit.»
Enfin, François ouvre explicitement la porte aux évolutions doctrinales: «la compréhension de l'homme change avec le temps et sa conscience s'approfondit aussi. (…) Les autres sciences et leur évolution aident l'Église dans cette croissance en compréhension. Il y a des normes et des préceptes secondaires de l'Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd'hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l'Église comme un monolithe qu'il faudrait défendre sans nuance.»


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