Trois ouvrages viennent éclairer les fortes oppositions auxquelles le pape argentin est confronté dans son action.
http://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Le-pape-Francois-face-a-ses-ennemis-2017-02-09-120082351
مدوًّنة خاصة بأقوال قداسة البابا فرنسيس اللافتة . تدور حول روحانيته وافكاره الانقلابية في المحبة والسلام والبساطة والتضامن J.T. khoreich
Dénonçant à nouveau le « terrorisme de matrice fondamentaliste », il a appelé les États à renoncer à la violence, à intégrer les migrants et à promouvoir le développement intégral de l'homme.
Le pape François lors de son discours devant les ambassadeurs accrédités au Vatican, le 9 janvier. / AP
Chaque année, le discours du pape au corps diplomatique est l'occasion pour celui-ci d'un vaste tour d'horizon de la situation politique et diplomatique du monde. Un peu comme les présidents américains avec leur « discours sur l'état de l'Union », véritable déclaration annuelle de politique générale. Et c'est bien à un « discours sur l'état du monde » que le pape François s'est livré, lundi 9 janvier, devant les 182 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège réunis dans la salle Royale du Vatican.
Retrouvez ici l'intégralité du discours
Soulignant une fois encore combien le monde a soif « de la sécurité et de la paix », François a mis en regard la situation actuelle avec le « massacre inutile », dénoncé il y a tout juste un siècle par son prédécesseur Benoît XV en pleine Première Guerre mondiale. Pointant « le terrorisme de matrice fondamentaliste », il a repris la longue litanie des attentats commis en 2016. « Des gestes vils », a-t-il dénoncé.
À Lire Des diplomates réagissent au discours du pape
Conscient que « l'expérience religieuse, au lieu d'ouvrir aux autres, peut parfois être utilisée comme prétexte de fermetures, de marginalisations et de violences », il a de nouveau dénoncé « une folie homicide qui abuse du nom de Dieu pour semer la mort, dans la tentative d'affirmer une volonté de domination et de pouvoir ». Et appelé « toutes les autorités religieuses » à s'unir « pour rappeler avec force qu'on ne peut jamais tuer au nom de Dieu ».
En même temps, tout en relevant que « le terrorisme fondamentaliste est un fruit d'une grave misère spirituelle », il n'a pas voulu évacuer le lien avec « une grande pauvreté sociale ». Et si les responsables religieux doivent « transmettre des valeurs religieuses qui n'admettent pas d'opposition entre la crainte de Dieu et l'amour pour le prochain », il a aussi demandé des politiques sociales adaptées en vue de combattre la pauvreté, qui ne peuvent pas se séparer d'une « valorisation sincère de la famille » pour « éviter que se forment ces conditions qui deviennent un terrain fertile pour le déferlement des fondamentalismes ».
À lire aussi : 2017, une année de consolidation pour le pape François
Plus largement, dans la ligne de son message du 1er janvier sur la non-violence, le pape a appelé les responsables politiques « à se faire de véritables promoteurs et artisans de paix ». Édifier la paix implique « de renoncer à la violence dans la défense de ses propres droits », a-t-il insisté, appelant, par exemple, à « construire des sociétés ouvertes et accueillantes envers les étrangers et, en même temps, sûres et en paix à l'intérieur ».
Réitérant « le droit de tout homme (…) à immigrer dans une autre communauté politique et à s'y fixer », il a rappelé que, si les immigrés ne doivent pas voir « leur sécurité, leur identité culturelle et leurs équilibres sociopolitiques menacés », ils ont aussi « le devoir de respecter les lois, la culture et les traditions des pays dans lesquels ils sont accueillis ». « Je suis reconnaissant aux nombreux pays qui, avec générosité, accueillent ceux qui sont dans le besoin », a-t-il insisté, citant nommément « l'Italie, l'Allemagne, la Grèce et la Suède ».
Revenant sur la « prudence » évoquée dans l'avion, à son retour de Suède, pour s'exonérer de tout accueil, il a rappelé qu'« une démarche prudente de la part des autorités publiques ne comprend pas la mise en œuvre de politiques de fermeture envers les migrants, mais implique d'évaluer avec sagesse et prévoyance jusqu'à quel point leur pays est en mesure d'offrir une vie décente aux migrants ». « Une véritable paix ne pourra jamais advenir tant qu'il y aura même un seul être humain violé dans son identité personnelle et réduit à être un simple numéro statistique ou un objet d'intérêt économique », a martelé François qui a aussi appelé l'Europe à plus d'unité.
A lire également : Le nouveau visage de la Curie de François
Plaidant pour un développement qui crée « les conditions d'une distribution plus égale des ressources et en stimulant les opportunités de travail », le pape a aussi répété sa demande d'« éradiquer le déplorable commerce des armes », y compris celles de petit calibre dont la facilité d'accès « produit un sentiment diffus et général d'insécurité et de peur ».
Sur ce sujet, le pape a brocardé les « idéologies » qui, « se déguisant en porteuses de bien pour le peuple », utilisent « les difficultés sociales pour attiser le mépris et la haine » et voient « l'autre comme un ennemi à anéantir ». Et de mettre en garde : « Elles laissent au contraire derrière elles pauvreté, divisions, tensions sociales, souffrance et souvent aussi, la mort. »
Nicolas Senèze
Le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie, a remis en début de semaine au président syrien Bachar al Assad une lettre du pape demandant le respect du droit humanitaire
Pour le Saint-Siège, la lettre envoyée par le pape au président Bachar al Assad – qui ne devait pas être divulguée – ne signifie pas que le pape pencherait d'un côté ou de l'autre dans le conflit. « Le pape ne prend pas parti, il invite chacun à sortir de la violence et de la guerre », souligne-t-on au Vatican qui ne cesse de rappeler la présence des populations civiles au milieu des combats. « Alep est une ville où il y a des gens : des familles, des enfants, des personnes âgées et malades », insistait le pape, dimanche 11 décembre à l'angélus.
Au Vatican, on rappelle aussi que, si François écrit à Bachar al Assad pour demander la fin de la violence, la protection des populations civiles et le respect du droit international, il tient le même discours à toutes les parties, condamnant l'extrémisme et le terrorisme de quelque côté qu'ils viennent. « La violence amène toujours plus de violence, toujours plus d'extrémisme », insiste-t-on, soulignant que, à côté du conflit entre le gouvernement et l'opposition, il y a celui, bien plus crucial, avec Daech.
La veillée de prière pour la paix du 7 septembre 2013 est encore dans les esprits. Dans une rare offensive diplomatique et spirituelle, le Vatican avait alors contribué à disqualifier le scénario d'une intervention occidentale en Syrie. Aujourd'hui, la répétition des appels du pape en faveur de la paix semble proportionnelle à son impuissance. « Nous avons bien conscience que les résultats ne sont pas immédiats, reconnaît-on. Mais on ne peut se taire sur la dramatique situation humanitaire. »
Conscient qu'il ne peut « contraindre le cœur des décideurs », le Saint-Siège souligne aussi qu'il n'a pas, dans ce conflit, d'autre intérêt que le dialogue. « La photo diffusée par le régime montrant Bachar al Assad lisant la lettre du pape souligne aussi qu'il a reçu le message du Saint-Père et n'est pas fermé au dialogue », relève un diplomate occidental à Rome.
« Le Saint-Siège n'a pas la force des armes, seulement de la parole », résume-t-on au Vatican où la priorité est d'arrêter les combats pour répondre à la crise humanitaire.
On y souligne aussi la place des chrétiens syriens, rappelant l'« harmonie » qui existait avant le conflit – quitte à oublier qu'elle était un peu forcée par un régime policier. Regardant vers la reconstruction, Rome veut croire au rôle de « pont » des chrétiens dans la future Syrie, même si nombre d'entre eux se sont compromis avec le régime.
« L'Église est très engagée à travers son action caritative, insiste-t-on. Aujourd'hui, à Alep, l'urgence est de remettre en état les hôpitaux chrétiens, au service de toute la population. »
Nicolas Senèze, à Rome
Le pape François a reçu jeudi matin 15 décembre les lettres de créances de six nouveaux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, dont trois Africains : la Tunisie, Maurice et le Burundi, pays marqué ces derniers mois par une particulière violence, l'Église catholique étant elle-même menacée.
> Lire aussi : Menaces sur l'Église catholique au Burundi
Dans son discours, le pape s'est d'ailleurs attaché à cette question de la violence, revenant sur son récent message pour la Journée mondiale de prière pour la paix, célébrée le 1er janvier prochain, où il avait longuement développé le thème de la non-violence.
> Lire aussi : Le pape propose au monde une éthique de la non-violence
« Le choix de la non-violence comme mode de vie devient de plus en plus une exigence de responsabilité à tous les niveaux, de l'éducation familiale à l'engagement social et civil, et jusqu'à l'activité politique et les relations internationales », a souligné le pape pour qui, « il s'agit, en toutes circonstances, de rejeter la violence comme méthode de résolution des conflits, et de les traiter, cependant, toujours par le dialogue et la négociation ».
Le pape a notamment appelé les responsables nationaux et internationaux « à assumer en conscience et dans l'exercice de leurs fonctions un style non-violent, qui n'est pas synonyme de faiblesse ou de passivité, mais, au contraire, suppose force d'âme, courage et capacité d'affronter les problèmes et les conflits avec honnêteté intellectuelle, cherchant vraiment le bien commun avant tout intérêt partisan, qu'il soit idéologique, économique ou politique ».
Rappelant les figures de non-violence du XXe siècle, « funeste de guerres et de génocides aux proportions inédites », le pape a insisté sur le fait que la non-violence était « la voie à suivre dans le présent et dans l'avenir », et non « un chemin de paix proclamée en paroles mais niée dans les faits par la poursuite de stratégies de domination, soutenue par les scandaleuses dépenses d'armement, alors que beaucoup de gens sont privés du nécessaire pour vivre ».
Le pape François recevait six nouveaux ambassadeurs accrédités au Saint-Siège : Cecilia Björner (Suède), Jikoto Tikolevu (Fidji), Vitalie Rusu (Moldavie), et trois ambassadeurs africains : Girish Nunkoo (Maurice), Mourad Bourhela (Tunisie) et Else Nizigama Ntamagiro (Burundi).
Nicolas Senèze, à Rome
Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège - AP
(RV) « Le Pape ne fait pas de croisades » : déclaration du père Federico Lombardi, lors d'une conférence de presse ce dimanche 26 juin, à Yerevan. Le porte-parole du Saint-Siège réagissait ainsi aux accusations du gouvernement turc, après que le Pape a parlé de « génocide » pour parler des massacres de masse commis par l'Empire ottoman en 1915. « Des propos malheureux », selon le vice-Premier ministre turc, y voyant « une mentalité de croisés ».
Des accusations que réfute le père Lombardi. « Si l'on écoute le Pape, il n'y a rien (dans ses propos) qui évoque un esprit de croisade. Sa volonté est de construire des ponts au lieu de murs. Son intention réelle est de construire les fondations pour la paix et la réconciliation », a affirmé le directeur du bureau de presse du Saint-Siège, qui a insisté : « François a prié pour la réconciliation de tous, n'a pas prononcé un mot contre le peuple turc. Le Pape ne fait pas de croisades, ne cherche pas à organiser de guerres ».
Lors de sa rencontre avec les autorités arméniennes, vendredi 24 juin, le Pape avait évoqué le « Grand Mal » de 1915, parlant d'une « tragédie », d'un « génocide » rendu possible par « d'aberrantes motivations raciales, idéologiques ou religieuses, qui ont enténébré l'esprit des bourreaux au point qu'ils se sont fixé le dessein d'anéantir des peuples entiers ».
Lors la messe solennelle célébrée le 12 juin 2015, en la Basilique Saint-Pierre, à la mémoire des victimes arméniennes du « Metz Yeghern », le Pape François, citant saint Jean-Paul II, avait déjà parlé de « génocide » pour désigner les massacres commis en 1915. La réaction turque avait été immédiate : Ankara avait ainsi rappelé son ambassadeur près le Saint-Siège pendant près d'une année.
(MA avec AFP)
Expéditeur: Vatican Information Service - Français <visnews_fr@mlists.vatican.va>
Date: 24 février 2016 15:16:12 UTC+2
Face au pouvoir, la miséricorde
Cité du Vatican, 24 février 2016 (VIS). Ce matin, au cours de l'audience générale, Place St.Pierre (20.000 personnes), le Saint-Père a consacré sa catéchèse à l'arrogance des puissants, qui apparaît souvent dans la Bible, opposée à la miséricorde divine. Or, a-t-il dit, "la richesse et la puissance peuvent être bonnes et utiles au bien commun si elles sont mises au service des pauvres et de la collectivité, de la justice et de la charité. Mais, comme cela arrive trop souvent, elles sont vues comme un privilège, mises au service de l'égoïsme, utilisées comme des instruments d'arrogance, de corruption et de mort''. Et de citer pour exemple le récit de la vigne de Naboth. Le roi Achab voulait l'acheter car elle jouxtait son palais, mais en Israël la terre était considérée sacrée et inaliénable car appartenant à Dieu, une bénédiction qu'il convenait de transmettre de génération en génération. Achab fut furieux car il vit dans ce refus une offense à son pouvoir, une atteinte à son autorité. Sa femme, Jézabel, une idolâtre et ennemie des prophètes, qui évoqua la lèse majesté et fit exécuter Naboth, dépouillé de sa vigne au profit du roi.
En évoquant ces faits, Jésus rappelle que les chefs des nations les dominent et les oppriment, disant son espoir que nous soyons différents. Qui veut devenir le premier devra être le serviteur de tous. "Si on perd la dimension du service, le pouvoir devient arrogance, domination et oppression". L'histoire de Naboth est également d'aujourd'hui, où le puissant pour avoir plus d'argent exploite les pauvres, exploite les gens. C'est l'histoire de la traite des êtres humains, l'esclavage des pauvres noirs qui travaillent avec un salaire minimum pour enrichir les puissants. C'est l'histoire des politiciens corrompus qui veulent toujours plus. L'épisode de la vigne de Naboth révèle ce qui finit par se produire "lorsque l'exercice du pouvoir se fait sans le respect pour la vie, sans justice ni miséricorde. Voila où conduit la soif de pouvoir, l'avidité de ceux qui veulent tout posséder''. Reprenant des paroles du prophète Isaïe, le Pape a dit qu'il ''n'était pourtant pas communiste, quand il met en garde contre l'avidité des riches propriétaires terriens, qui les conduit à vouloir toujours plus de maisons et de terres: Malheur à vous qui ajoutez maison à maison et champ à champ, jusqu'à ce qu'il n'y a plus de terrain libre. Ainsi vous restez seuls à habiter le village. Mais Dieu est plus grand que la malignité et la duplicité de l'homme. Dans sa miséricorde, il a envoyé le prophète Elie pour aider Achab à la conversion. Mis devant son péché, le roi...s'humilia et demanda pardon". Mais la culpabilité et le mal commis causent inévitablement des conséquences dans l'histoire. "La miséricorde nous montre la voie à suivre, car elle peut guérir les blessures et changer l'histoire. La miséricorde de Dieu est plus forte que le péché des hommes. Nous reconnaissons son pouvoir quand nous voyons l'innocent, le Fils de Dieu, qui s'est fait homme pour détruire le mal par le pardon. Jésus-Christ est le vrai roi, mais sa puissance est complètement différente. Son trône est la croix. Il est pas un roi qui tue, mais au contraire qui donne la vie. Il va vers tous, en particulier les faibles, chasse leur solitude et les aide à surmonter leur destin de mort auquel mène le péché. Par sa proximité et sa tendresse, il conduit les pécheurs vers la grâce et le pardon''.
Dans une homélie prononcée mardi 16 février à Morelia, ville mexicaine décriée pour sa violence, le pape François a demandé aux prêtres et religieux du pays de refuser « la tentation de la résignation », tout comme aux jeunes à qui il s'est employé à redonner confiance
Avant-dernière étape de son voyage au Mexique, dont il doit revenir jeudi, Morelia a accueilli mardi 16 février le pape François avec la même ferveur populaire qu'ailleurs dans le pays. La joie manifeste tout au long des artères empruntées en papamobile, sous un soleil ardent, faisait oublier le climat de violence qui ternit la réputation de cette cité historique de 600 000 habitants, capitale de l'État du Michoacán, au centre du Mexique. Un climat délétère auquel il ne faut pas s'habituer, a prévenu le pape dans l'homélie qu'il a prononcée au cours d'une messe avec les prêtres, religieux, séminaristes et consacrés, célébrée en plein air dans un stade de la ville.
« Quelle tentation peut venir de milieux souvent dominés par la violence, la corruption, le trafic de drogue (…) ? Quelle tentation pouvons-nous avoir sans cesse face à cette réalité qui semble devenir un système inamovible ? », a-t-il interrogé, lisant son texte en espagnol, en pesant chaque mot : « La résignation ». Terme récurrent de son homélie.
Le pape a pressé son auditoire religieux de ne pas « (se) retrancher dans (ses) sacristies », ne pas devenir « des fonctionnaires du divin » ou « des employés de Dieu » mais plutôt d'agir avec un « renouvellement du regard ». Une demande qui reprenait celle exprimée aux évêques du pays, samedi à Mexico, et qui s'inscrit dans l'appel constant du pape François à mettre son Église en mouvement.
Pour que son auditoire puise des forces inspiratrices, Jorge Bergoglio ravive la mémoire de l'Église au Mexique. À Morelia, il a évoqué la figure historique d'un évangélisateur de la région, au XVIe siècle, Vasco Vasquez de Quiroga. Il était surnommé « Tata Vasco » en langue indigène, tant il était apprécié par cette communauté. C'est à cette même proximité avec le peuple et ouverture aux réalités de sa précarité et de ses souffrances que l'ancien archevêque de Buenos Aires ne cesse d'exhorter.
Même antidote contre la résignation donnée aux 60 000 jeunes venus de tout le pays pour une rencontre dans un autre stade, plus vaste, de Morelia l'après-midi. Plus de 28 % de la population du Mexique a moins de 15 ans. Entouré de tribunes à l'ambiance surchauffée, digne d'un match de football, d'où les jeunes criaient leur soutien à « Francisco », leur « frère », celui-ci a cherché à leur redonner confiance en eux-mêmes, se montrant d'abord compréhensifs devant la fragilité de leur situation.
« Il devient difficile de sentir qu'on est une richesse quand nous voyons des amis ou des proches continuellement exposés à se perdre à cause du narcotrafic, des drogues, des organisations criminelles qui sèment la terreur », a-t-il reconnu. Il leur a toutefois fait valoir cette « richesse » propre qu'ils incarnent pour les prévenir de devenir de « simples mercenaires des ambitions d'autrui ». « Jésus ne nous invite jamais à être des tueurs à gage mais il nous appelle disciples », leur a-t-il lancé. Une phrase-choc dans un pays meurtri par les homicides.
Sébastien Maillard (à Morelia)
Dans une homélie prononcée mardi 16 février à Morelia, ville mexicaine décriée pour sa violence, le pape François a demandé aux prêtres et religieux du pays de refuser « la tentation de la résignation », tout comme aux jeunes à qui il s'est employé à redonner confiance
Avant-dernière étape de son voyage au Mexique, dont il doit revenir jeudi, Morelia a accueilli mardi 16 février le pape François avec la même ferveur populaire qu'ailleurs dans le pays. La joie manifeste tout au long des artères empruntées en papamobile, sous un soleil ardent, faisait oublier le climat de violence qui ternit la réputation de cette cité historique de 600 000 habitants, capitale de l'État du Michoacán, au centre du Mexique. Un climat délétère auquel il ne faut pas s'habituer, a prévenu le pape dans l'homélie qu'il a prononcée au cours d'une messe avec les prêtres, religieux, séminaristes et consacrés, célébrée en plein air dans un stade de la ville.
« Quelle tentation peut venir de milieux souvent dominés par la violence, la corruption, le trafic de drogue (…) ? Quelle tentation pouvons-nous avoir sans cesse face à cette réalité qui semble devenir un système inamovible ? », a-t-il interrogé, lisant son texte en espagnol, en pesant chaque mot : « La résignation ». Terme récurrent de son homélie.
Le pape a pressé son auditoire religieux de ne pas « (se) retrancher dans (ses) sacristies », ne pas devenir « des fonctionnaires du divin » ou « des employés de Dieu » mais plutôt d'agir avec un « renouvellement du regard ». Une demande qui reprenait celle exprimée aux évêques du pays, samedi à Mexico, et qui s'inscrit dans l'appel constant du pape François à mettre son Église en mouvement.
Pour que son auditoire puise des forces inspiratrices, Jorge Bergoglio ravive la mémoire de l'Église au Mexique. À Morelia, il a évoqué la figure historique d'un évangélisateur de la région, au XVIe siècle, Vasco Vasquez de Quiroga. Il était surnommé « Tata Vasco » en langue indigène, tant il était apprécié par cette communauté. C'est à cette même proximité avec le peuple et ouverture aux réalités de sa précarité et de ses souffrances que l'ancien archevêque de Buenos Aires ne cesse d'exhorter.
Même antidote contre la résignation donnée aux 60 000 jeunes venus de tout le pays pour une rencontre dans un autre stade, plus vaste, de Morelia l'après-midi. Plus de 28 % de la population du Mexique a moins de 15 ans. Entouré de tribunes à l'ambiance surchauffée, digne d'un match de football, d'où les jeunes criaient leur soutien à « Francisco », leur « frère », celui-ci a cherché à leur redonner confiance en eux-mêmes, se montrant d'abord compréhensifs devant la fragilité de leur situation.
« Il devient difficile de sentir qu'on est une richesse quand nous voyons des amis ou des proches continuellement exposés à se perdre à cause du narcotrafic, des drogues, des organisations criminelles qui sèment la terreur », a-t-il reconnu. Il leur a toutefois fait valoir cette « richesse » propre qu'ils incarnent pour les prévenir de devenir de « simples mercenaires des ambitions d'autrui ». « Jésus ne nous invite jamais à être des tueurs à gage mais il nous appelle disciples », leur a-t-il lancé. Une phrase-choc dans un pays meurtri par les homicides.
Sébastien Maillard (à Morelia)