الثلاثاء، 17 ديسمبر 2013

L'Osservatore Romano

La révolution tranquille

En décembre, comme de coutume, on commence à faire un bilan de l'année qui va finir, et il ne fait aucun doute qu'en 2013 ont dominé la démission de Benoît XVI et l'élection du Pape François, que le «Time» déclare aujourd'hui "homme de l'année". Dans cette transition, l'Eglise a démontré qu'elle savait sortir d'une situation difficile d'un coup d'aile — rendu possible par la renonciation imprévue du Pape Ratzinger — qui a en révélé l'insoupçonnable vitalité. Et que le monde entier a accueilli avec surprise et admiration.

Cela a été une révolution tranquille, comme l'écrit Jean-Louis de La Vaissière dans le titre d'un livre sur cette délicate transition. « De Benoît à François, une révolution tranquille » (Le Passeur) affronte la question de manière approfondie, non seulement informée, en tenant toujours compte de la personnalité complexe des deux Papes et des exigences spirituelles et apostoliques de leur mission. Bien loin, donc, de ces livres fondés sur des révélations présumées qui sont souvent le fruit des efforts littéraires de nombreux vaticanistes.

Il observe que la renonciation de Benoît commence immédiatement à opérer un renversement: la presse découvre à l'improviste la valeur de ce Pape qui avait été peu compris, écrasé par une image de sévérité et de rigidité qui était dû au fait qu'il avait occupé pendant tant d'années le rôle difficile de préfet de l'antique Saint-Office. On perçoit dans son acte le témoignage d'une liberté inédite, d'une révolution qui semblait bien éloignée de son esprit posé, rationnel, de son attachement à la tradition. L'auteur identifie le terrain sur lequel Benoît a lutté: pas tant sur des questions politiques et sociales, mais pour mettre Dieu, le Dieu chrétien, au cœur du débat. Une bataille à laquelle il s'est consacré de mille manières, bien conscient de parler dans un monde qui semblait sourd à la voix de l'Eglise.

Un homme de l'intériorité, qui défend toujours la dévotion des simples tout en ne perdant jamais de vue le travail nécessaire d'explication et de purification de la foi, qu'il considère essentiel. Un Pape qui aime le débat des idées, et qui veut protéger la liberté du fidèle à tout prix, mais qui privilégie sur tout la cohérence. D'une manière originale — écrit Jean-Louis de La Vaissière — Benoît dénonce le culte de l'autoréalisation, qui empêche une bonne relation avec l'autre et avec Dieu, et le rêve de vaincre la mort grâce à la science. Ses critiques sont détaillées, l'analyse perspicace, et François en tirera les conséquences pratiques avec un langage plus facile, plus immédiat, riche d'exemples concrets. Mais la véritable nouveauté apportée par le Pape Ratzinger est l'ouverture d'un dialogue serré avec les agnostiques, situé par importance au même niveau que celui entre les religions.

Bergoglio saura tirer des fruits de ce grand enseignement sur un plan moins hiérarchique, moins intellectuel, plus pastoral. Son élection est considérée par Jean-Louis de La Vaissière comme l'équivalent de la chute du mur de Berlin: l'homme de la périphérie, qui choisit le nom de François, éveille immédiatement de grandes attentes. En substance, avec son comportement libre et nouveau, il poursuit la révolution de Ratzinger, qui par sa décision a effacé les différences entre conservateurs et progressistes, en plaçant au centre la charité, au sens de chaleur, de feu. Il est spontané, mais ce n'est pas un improvisateur: l'énergie qu'il sait communiquer à l'Eglise pour la remettre en vie renvoie à Quelqu'un d'autre.

«La morale de Jorge Bergoglio est une morale du combat spirituel, du dépassement, du choix courageux qui rend heureux» écrit Jean-Louis de La Vaissière. La parole que le Pape prononce le plus souvent — et qui a aussi été la parole clé de son intervention dans les réunions qui ont précédé le conclave – est "sortir", sortir dans la rue de la vie, sortir de soi-même, sortir de l'autoréférentialité, du cléricalisme, de l'institutionnalisation, du pessimisme qui a saisi l'Eglise. Mais dans cette dimension factuelle, opérative de la mission, il n'oublie pas la nécessité de nouveaux efforts intellectuels: il demande une nouvelle théologie pour les femmes et une théologie du péché qui approfondisse la dimension de la miséricorde.

Le Pape François, différemment de ce que pensent les journalistes de l'extérieur, sait que les réformes structurelles ne sont pas tout, et que ce qui compte est le changement intérieur, c'est-à-dire que l'Eglise devienne fervente, résistante, proche des êtres humains, bien consciente que l'aspiration à la réforme remonte bien avant les dernières décennies: déjà le concile de Trente — raconte dans un beau livre, édité en Italie par "Vita e Pensiero", John W. O'Malley — voulait assurer un soin des âmes plus efficace, un style plus sévère et rigoureux dans la vie des hiérarchies ecclésiastiques, dans une dialectique entre action directe du Pape et projets du collège cardinalice encore à présent demandée. La sagesse accumulée en deux millénaires assure que l'Eglise, cette fois aussi, réussira dans son intention réformatrice pour prêcher plus efficacement la parole de Jésus, en vue d'apporter la lumière dans un monde qui l'a oubliée.

 Lucetta Scaraffia



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